Et Paris, une deuxième fois.

[Une deuxième fois cette année, j’entends bien.]

Paris, je l’avoue, ce n’est pas la ville française que je porte le plus dans mon cœur, mais c’est la capitale d’un pays dont je tiens une partie de mes origines, de ma culture,- d’un pays que j’aime. Ce pays n’est pas parfait, non, mais, pour moi, sa devise est idéale – Liberté, Egalité, Fraternité – bien que son application laisse parfois à désirer. La France est le pays de la laïcité, et elle devrait être aussi celui de la tolérance, qui se traduit par la liberté d’expression, et la liberté de la presse.

Mais que nous montrent ces attentats – ceux de janvier et ceux d’hier soir – ? Que la tolérance est loin d’être universelle, que pour certains, la liberté doit être une liberté dirigée, qui ne suit que leur pensée et leur idéologie, leur mode de vie. Et, plutôt que d’énoncer leurs idées, de les publier, mais de ne forcer personne à les suivre, ils écartent le langage, la communication, et optent pour la violence. Ils tuent. Ils veulent nous soumettre par la terreur, ils veulent nous voir à genoux.

Et ce matin, c’est 126 morts. Et c’est incompréhensible. Cela ne fait aucun sens. 126 parisiens, certes, 126 français, d’accord, mais 126 civils, 126 êtres humains, avant tout.

Pourquoi ?

A la télé, à la radio, on entend que nous sommes en guerre, mais ces civils étaient-ils en guerre ? Ont-ils au moins eu la possibilité de se défendre ? Non. Si j’avais les connaissances nécessaires, je traiterais sur ce blog de la guerre à l’étranger, de la violence dans le monde, mais voilà que je traite de la violence chez moi – c’est sans doute celle qui effraie le plus, la violence chez soi, et peut-être celle que l’on comprend le moins, surtout quand elle se déchaîne sur des civils, qu’elle frôle des personnes que l’on connaît, que l’on aime. La tolérance, la paix, la liberté, n’est-ce pas ce que nous voulons tous ? Pourquoi certains recourent-ils à une telle violence ? Pourquoi s’opposent-ils à la liberté de tout un chacun ?

Je crois que la crise que nous affrontons aujourd’hui ne doit pas être vécue comme simplement parisienne ou simplement française ; c’est une crise qui s’inscrit dans la lignée de celles de Paris en janvier et de Copenhague en février : elle appelle à la solidarité internationale pour défendre la tolérance, la paix, et la liberté. C’est pourquoi je ne veux pas simplement dire “Je suis Paris” ; je ferai plutôt appel, pour conclure cet article, à ce célèbre poème de Paul Eluard :

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

(“Liberté”, Au rendez-vous allemand, 1945, Les Editions de Minuit)

Daffy

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