Bi, mais

Une récente étude faite en Grande Bretagne a montré que 49% des jeunes de 18 à 24 ne se considéraient pas à 100% hétérosexuels.

Lien vers cette étude

Certains diront que ces chiffres sont dus à un effet de mode, d’autres à un changement de la société – ce qui est permis aujourd’hui l’était moins dans les années 1990, et l’était encore moins dans les années 1950 -, d’autres encore à un changement d’état d’esprit : on fait plus attention à ses besoins, on est plus à l’écoute de son corps, de ses envies, donc on accepte plus de sortir d’une sexualité hétéronormée. On commence également à comprendre et à accepter que l’orientation sexuelle est un spectre, et non pas un système binaire hétéro/homosexuel.

En tout cas, il me semble que le résultat de cette étude est une nouvelle formidable, non pas que l’hétérosexualité soit une norme détestable, mais la reconnaissance d’une orientation sexuelle autre que l’hétérosexualité ET située sur un spectre est, pour moi, un réel progrès social. En fait, cette étude remet en cause la notion de norme, lorsqu’on parle d’orientation sexuelle. Elle montre que la norme est soit la bisexualité – à tous les degrés possibles – soit l’absence de norme. Il faut cependant remarquer que l’échelle de Kinsey, sur laquelle s’appuie cette étude, a ses failles : elle ne prend pas en compte d’autres parties du spectre, entre autres la pansexualité et l’asexualité, asexualité qui elle-même se décline en degrés.

Outre les résultats de cette enquête, ce dont je veux parler ce soir, c’est la manière dont la société, les autres, essaient de façonner notre orientation sexuelle, alors que celle-ci nous est personnelle, intime.

A commencer par cette panoplie de mots, de termes, de désignations. Des désignations qui simplifient peut-être les choses, qui les rendent plus claires pour tout le monde, certes, mais des catégories tout de même, cloisonnées, étanches, dont il ne faut pas sortir. Tu as dit que tu étais hétéro quand tu avais 15 ans ? Alors tu ne peux pas être bi, homo ou asexuel à 30 ans. T’as dit que tu étais hétéro, t’es hétéro, c’est tout. Tu peux pas te tromper là dessus.

Non mais on rêve !

Ensuite, il y a cette façon dont on vous explique que vu votre look, votre comportement, votre entourage – et que sais-je encore ? Votre accent ? – vous êtes clairement de telle ou telle orientation mais c’est juste que vous ne vous l’êtes pas encore avoué. Je crois que nous sommes beaucoup à avoir été coupables de ce genre d’assertion, et que l’essentiel est de comprendre que l’habit ne fait pas le moine, et surtout pas en termes de sexualité.

Puis, il y a ces gens qui vous expliquent que votre orientation sexuelle n’existe pas, que c’est pas vrai, que vous n’en avez aucune preuve. Attendez – depuis quand doit-on prouver quoi que ce soit sur notre sexualité ? Ou sur notre identité en général ? Doit-on prouver qu’on a les yeux de telle couleur, qu’on aime tel peintre et qu’on déteste les légumes ? Et aujourd’hui, en France, existe-t-il un délit lié à l’orientation sexuelle qui demanderait que celle-ci soit de l’intérêt de qui que ce soit d’autre que de soi-même ?

A toutes ces questions, il n’y a qu’une seule réponse, je vous laisse la trouver.

Beaucoup de ces maladresses sociales viennent de clichés qu’il est important de casser, de représentations sociales encore trop figées qu’il faut que nous arrivions à faire évoluer, tous ensemble, par le dialogue. Alors, c’est sans méchanceté qu’à tous ceux qui veulent choisir l’orientation sexuelle des autres, ou qui veulent peut-être choisir la mienne pour moi, à cause de ces clichés, je dis ceci :

Je suis bisexuelle, mais…

… ce n’est pas pour faire mon intéressante,

… je n’en suis pas moins fréquentable,

… je ne suis pas malade,

… je ne suis pas indécise,

… ce n’est pas de la curiosité,

… ce n’est pas une phase,

… je ne suis pas attirée par tout le monde,

… je n’ai pas un terrain de chasse deux fois plus grand,

… je ne refoule pas mon homosexualité,

… je ne nie pas mon hétérosexualité,

… ça n’a pas d’incidence sur ma fidélité,

… ça ne met pas en danger ma vie de couple,

… ça ne change pas qui je suis,

Et, surtout, je suis bisexuelle, mais je ne me résume pas à mon orientation sexuelle.

Daffy

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One thought on “Bi, mais

  1. Je voulais juste te dire merci d’avoir écrit ça, de te rendre bi-visible, au nom de tous ceux qui n’arrivent jamais à trouver les mots pour le dire par peur de le dire mal, ou de se faire rabrouer par ceux qui nous considèrent comme des indécis, comme moins ou pas du tout légitime parce qu’on n’a rien prouvé ou au contraire trop prouvé. Oui, merci.

    [Je me rends compte que j’avais oublié de m’abonner à ton blog et donc loupé quelques articles (cela n’arrivera plus), honte à moi.]

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