Fermat veut vous tuer – Episode 2

[L’épisode 1, c’est par ici.]

Fermat veut vous tuer : Igor Plateauman, Endiguement du communisme et Fermatation.

Episode 2

Comment Igor Plateauman a pris part à la Fermatation

            Lors de son embauche, l’administration décida qu’Igor Plateauman portait bien son nom : en effet, ils lui demandèrent d’éliminer ses victimes en leur tranchant la gorge à coup de plateaux ébréchés, et, pour rajouter au glauque de la situation, les plateaux devaient être humides*, comme si personne n’avait pris la peine de les sécher après les avoir nettoyés – effet de dégoût garanti. Mais il fallait qu’Igor Plateauman restât discret, qu’il ne tuât pas trop d’élèves d’un coup, et surtout, surtout, que personne ne se rendît compte qu’il n’était pas agent de cantine mais tueur à gages infiltré. Pour cela, on mit sur pied une stratégie très précise : il devait faire son apparition, tous les midis, dans la queue du self, l’air concentré, pousser des plateaux, comme s’il voulait les ranger quelque part**, et, ce faisant, rouler sur les pieds des gens qu’il ne devait pas tuer, afin qu’ils soient marqués par un signe distinctif et protecteur – cette idée peu commune était tirée d’un passage de l’Ancien Testament dans lequel les hébreux mettent une croix rouge sur leur porte pour ne pas subir le châtiment de Dieu, tandis qu’il tue le fils aîné de ceux qui n’ont pas marqué leur porte de sang – puis, il devait arriver à isoler ceux qui n’avaient pas subi le supplice de la roue du diable à plateaux, et les égorger en chantant l’hymne américain suivi de l’Internationale à l’envers et en faisant le signe de croix***, bref, l’exorcisme habituel qui permet de venir à bout de tout communiste récalcitrant.

Mais comment, demanderiez-vous, comment allait-il faire pour isoler ses victimes ? Question bien légitime. Il devait s’arranger pour souffler très discrètement sur leur verre, afin qu’il tombe, et que, transis de honte, ils aillent chercher la célébrissime balayette à verres cassés, dans une salle obscure derrière les cuisines. Là, il les attendait, l’œil brillant et sanguinaire, dans une demi-obscurité, avec, à la main, un plateau ébréché. L’élève entrait dans la pièce, les joues encore empourprées par l’embarras que lui avaient causé la chute du verre et le « Ooooolé !!! » qui s’était élevé dans tout le self, puis, rapide comme l’éclair, Igor frappait, entonnant ses horribles chants expiatoires.

Hélas, ce n’était que la théorie de cette stratégie et le fantasme d’Igor Plateauman, qui avait bien des progrès à faire. Ses bilans de fin d’année étaient bien maigres : il avait reçu ses gages mais n’avait tué personne, Fermat grouillait encore de communistes, déclarés ou non, et malgré les séances d’hypnotisme-haïku**** tenus par le proviseur pendant les conseils de classe, la situation ne faisait qu’empirer. On décidait alors de mettre en œuvre un plan B, qui n’était pas des moindres : prétexter des travaux***** dans le lycée pour créer une zone d’endiguement du communisme, et utiliser Igor Plateauman comme un leurre pour attirer les étudiants concernés dans ses filets. Il devait, alors, tout miser sur son apparence de mafieux russe : il n’était, certes, pas Poutine, mais il avait tout de même un regard menaçant – mais pas trop –, des cheveux blonds, et des tatouages plein les bras. Cela suffirait. On le posta alors à un endroit stratégique, près de l’entrée de la cour des prépas, mais, surtout, près d’une petite ouverture dans la tôle blanche bordant la zone d’endiguement. Il devait parler russe, d’une voix grave et (presque) sensuelle, mimer la faucille et le marteau avec ses mains,  et, lorsqu’un curieux communiste, pensant avoir trouvé en lui quelque fabuleux camarade, s’approcherait, l’envoyer d’un coup d’épaule bien placé dans le décor, c’est-à-dire derrière la tôle.


*Les plateaux du self de Fermat étaient, en effet, toujours humides… et souvent ébrechés.

**La personne dont est inspirée le personnage d’Igor Plateauman faisait, en effet, son apparition, TOUS les midis, dans la queue du self, avec ses plateaux.

***Je remercie Anne-Sophie pour cette idée.

****A l’époque, le proviseur de Fermat, qui travaille maintenant dans un autre établissement, faisait VRAIMENT un discours de début d’année, qui finissait VRAIMENT par la lecture d’un poème, bien souvent un haïku.

*****Un très grand chantier a commencé dans le lycée lorsque j’y étais, et n’est pas encore terminé.

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