2002, le retour ?

Ce week-end nous élisons la personne qui gouvernera notre pays et nous représentera pendant 5 ans. Pour ma part, c’est ma première élection présidentielle et je crains que nous revivions 2002. L’horreur.

Ce n’est, évidemment, pas tout à fait pareil : les médias prédisaient cette fois-ci ce second tour, et le FN remporte de gros pourcentages des voix dans toutes les élections des dernières années. Mais cela n’empêche que j’ai l’impression d’être obligée à vivre un nouveau 2002, avec un second tour opposant le FN à un candidat qui n’est pas de gauche, et derrière qui on nous demande de nous rallier pour « faire barrage au FN ». Super.

Mais le second tour, qui se joue dimanche, aura-t-il le même visage que celui de 2002 ? Macron remportera-t-il cette élection avec 80% des voix ? Non. Et ça, en soi, je n’avais même pas besoin de le préciser. Le score sera (très) serré. Pourquoi ? Parce que beaucoup voteront blanc.

J’en entends hurler, et je les comprends dans une certaine mesure, je les entends se révolter contre le vote blanc : c’est jouer le jeu du FN, ce n’est pas républicain, c’est être une poule mouillée que de voter blanc ! Faites un effort, bon sang, ce serait terrible, TERRIBLE, que Le Pen passe !

Oui, c’est vrai. Mais que faire, alors, si on ne veut pas non plus élire Macron, le candidat des banques et de la finance ? Sans tomber dans la caricature « FN = Fascisme / Macron = Grand Capital », aucun des deux candidats ne correspond, de près ou de loin, aux valeurs de la gauche et encore moins de l’extrême gauche. Alors, me direz-vous, il faut décider lequel correspond au moindre mal, et voter pour celui-là. Certains le feront, et c’est un choix qui semble tout à fait logique et sensé. On évite le pire pour mieux rebondir aux législatives, aux européennes, et aux prochaines présidentielles. Ok, pourquoi pas !

Mais finalement, le vote blanc, alors, à quoi sert-il ? Est-il si dangereux que cela de voter blanc ? Non.

Non, voter blanc, ce n’est pas jouer le jeu du FN. Le vote blanc est un acte politique qui permet d’exprimer un désaccord, voire une opposition. Il permet de dire « Je ne veux donner ma voix à aucun de ces deux candidats. Je ne veux participer activement à l’élection de l’un ou de l’autre. Je ne soutiens pas Marine Le Pen et je ne soutiens pas non plus Emmanuel Macron. Je ne ferai pas barrage au FN en soutenant le candidat des banquiers, et jamais je ne donnerai ma voix à Le Pen ou à ses semblables. Que l’un ou l’autre soit élu, puisqu’on n’a pas d’autre choix, mais qu’il ou elle soit élu(e) par ses véritables électeurs, par ceux et celles qui croient en sa politique, en ses idées. « Election » signifie choix, or, si je votais Macron, je le ferais par contrainte et à contre cœur. Mon choix réside dans le vote blanc. »

D’accord, d’accord, mais, Daffy, tu sais que finalement le vote blanc est à l’avantage du gagnant ? C’est vrai que beaucoup pensent cela. Mais en réalité, puisque les votes blancs ne sont actuellement pas comptabilisés, cela veut simplement dire qu’il y a moins de votes exprimés au deuxième tour qu’au premier, mais cela n’empêche aucunement tel ou tel candidat de l’emporter, du temps que ses véritables électeurs se rendent au bureau de vote.

Pas de crainte en tout cas : l’extrême gauche sera dans la rue peu importe le candidat qui passe, et elle sera auprès de vous pour vous défendre si vos droits sont bafoués, et pour vous proposer de participer à un avenir nouveau, un avenir commun construit avec et pour tous, un avenir réformé dans lequel, peut-être, nous n’aurons même plus à nous inquiéter pour les présidentielles…

PS : Peu importe votre candidat, peu importe si vous « ferez barrage à » ou si vous voterez blanc : bonne chance !

Cette cicatrice

En tout petit, à côté de l’œil gauche

Sur les mains, à cause de petites égratignures du quotidien

Sur les poignets, quand j’ai trop gratté mon eczéma

En très grand, une brûlure sur la cuisse droite

 

Toutes ces cicatrices-là, ça va. Elles racontent chacune leur histoire, mon histoire.

J’avais trois ou quatre ans et j’avais vraiment hâte d’aller au musée avec me grands-parents, si hâte que je suis tombée dans l’escalier.

Hier, je me suis fait quelques égratignures en faisant la vaisselle ou en grimpant sur les installations sportives du gymnase pendant l’atelier théâtre.

Ce matin, j’étais un peu stressée à cause d’un rendez-vous important pour la suite de mon année.

J’avais neuf ans et j’étais enrhumée. J’ai fait une inhalation : du vicks dans un bol d’eau bouillante. Le bol est tombé.

Tout ça, ce n’est pas grave, ce n’est pas important, je m’en fiche. Les cicatrices, qu’elles restent ou qu’elles disparaissent, à la fin, qu’est-ce qu’elles prouvent ? Elles prouvent qu’on est vivant, qu’on ne reste pas enfermé et enroulé dans du papier-bulles, pour ne jamais s’abîmer. Elles prouvent qu’on a un quotidien toujours changeant, et qu’on a un passé ; elles sont porteuses de souvenirs.

Mais cette cicatrice-ci, je ne l’aime pas. Je la hais, même. Je ne m’y habitue pas. Je déteste la voir. Elle est toute petite pourtant : une boursouflure d’un peu plus d’un centimètre de long et de quelques millimètres de large, sur mon coude gauche, ce n’est rien, n’est-ce pas ? Mais alors, pourquoi me fait-elle aussi mal ? Quel souvenir portes-tu, cicatrice au coude ? Cette cicatrice est là, comme pour me narguer, pour me rappeler, tous les jours, mon idiotie, mon manque de responsabilité.

J’avais dix-huit ans et je conduisais. Je conduisais vite, trop vite. Je conduisais si vite que j’ai voulu dépasser une autre voiture, mais la route était trop étroite et mon dépassement n’était pas maîtrisé. L’herbe au bord de la route, à gauche – un coup de frein – un coup de volant – je hurle, je hurle, peut-être que quelqu’un me retrouvera, si je ne meurs pas, mais si, je vais mourir, c’est fini, qu’est-ce que j’ai fait !? – le fossé de droite – un tonneau – un autre – encore un autre – stop. Une voix : “Arrêtez de crier, mademoiselle, je suis là.”

J’avais dix-huit ans, ma vie avait à peine commencé, et je pensais avoir des éclats de pare-brise dans le visage. Je criais qu’il fallait appeler ma mère, on m’a faite allonger dans l’herbe, les pompiers sont venus, j’ai pleuré dans l’ambulance, j’ai rien vu, rien compris, soufflez dans le ballon, s’il vous plaît, mais j’ai pas bu, et elle est où, maman ? Et papa ? Je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée !

J’ai eu une chance incroyable. Pas blessée, rien, à part un simple éclat de pare-brise, tout petit, dans le coude gauche. Deux ou trois points de suture, je ne sais plus, et c’est tout. Au revoir, faites attention à vous, soyez responsable sur la route.

Et j’ai culpabilisé. J’ai culpabilisé tous les jours, et, tous les jours, je culpabilise, d’avoir pris le risque de rendre mes parents malheureux. Après ça, pendant un bon moment, j’ai cru que ma famille m’en voulait. J’ai cru qu’on me regardait de travers, qu’on ne voyait en moi qu’une ado irresponsable qui avait failli foutre sa vie en l’air. Et ils n’auraient pas eu tort de penser cela, c’est ce que j’étais. Mais l’engueulade de mes parents n’est jamais arrivée. Ils m’ont chérie, aimée, câlinée, plus que jamais. Et j’ai continué de culpabiliser.

Cette cicatrice, cette petite cicatrice de rien du tout, là, sur mon coude, c’est la marque indélébile du jour où est né en moi ce sentiment de culpabilité. C’est ma punition quotidienne : hé, salut, tu te rappelles le jour où tu as fait trois tonneaux ?  T’es vraiment trop conne. J’espère que tu t’en veux, tu devrais. Tu devrais t’excuser pour l’éternité.

                          Cette cicatrice, c’est mon accident qui me hante.

                                                                                                                                        Je la déteste.

 

 

Fermat veut vous tuer – Episode 6

*EXCLUSIF*

[Ceci est le dernier épisode de ce récit parodique. Pour le premier épisode, c’est par ici !]

Fermat veut vous tuer : Igor Plateauman, Endiguement du communisme et Fermatation.

Episode 6

La Fermatation sabrée

Notre super-héros du capitalisme avait prévu le plan PLSAC* dès le tout début de la mise en place de la Fermatation : en effet, lorsqu’il avait embauché le tueur à gages Igor Plateauman, le budget consacré aux situations d’urgence n’était pas très élevé, ce qui pouvait expliquer le manque relatif d’efficacité d’Igor, André et leurs acolytes. En effet, outre une poignée d’élèves qui avaient « quitté », du jour au lendemain, les classes littéraires de Fermat, la Fermatation n’avait pas obtenu les résultats escomptés. Mais, depuis tout ce temps, le budget nécessaire à son bon déroulement avait été amassé, grâce à la machine à café de droite, qui, lorsqu’elle n’était pas en panne, ne rendait pas la monnaie. Ces réserves financières permettaient le déclenchement du protocole de dernier recours, qui était devenu nécessaire. Oui, il était temps, et tout était prêt, mais, en cas d’échec, ç’en serait terminé de la Fermatation, et le Communisme vaincrait. Ah, non, non, non, on n’avait pas le droit à l’erreur ! Alors, après avoir prétexté toutes sortes d’empêchements et de limitations dans le temps, le proviseur fit organiser un devoir commun qui rassemblerait aussi longtemps que nécessaire l’ensemble des HK, KH, Chartes 1 et Chartes 2 dans l’enceinte de l’ancien self, désaffecté. C’était parfait. Il fit appel ensuite à un homme de confiance, le plus grand et le plus fort : McCarthyx.

McCarthyx, dont le nom évoquait celui d’un célèbre chasseur de « sorcières » des années 1950, était un ancien élève de Fermat, qui avait intégré l’X**. Sous prétexte de lui demander de présenter son école, on lui permet de pénétrer dans l’établissement. Connaissant l’endroit où étaient localisées ses cibles, absorbées par un devoir surveillé d’Histoire contemporaine, il avait carte blanche. Mais McCarthyx avait des ambitions de grandeur et de gloire. Il voyait déjà les futurs manuels scolaires, qui, conformes au Roman National susceptible d’être mis en place dans les années qui suivraient, le surnommeraient le « Polytechnicien Masqué » et raconteraient tous ses exploits. Alors, avant de passer à l’acte, il choisit, par coquetterie sans doute, d’enfiler son uniforme. Il se glissa dans la salle 162, la salle des ECS dits « Communistes »***, afin de narguer, en y passant, le portrait géant de Staline qui en ornait l’un des murs. Il ôta tous ses vêtements, et, alors qu’il s’apprêtait à enfiler le plus beau des costumes, il s’arrêta net : on poussait la porte****.

JPdu82, aimable professeur d’histoire et involontaire protecteur des prépas littéraires de Fermat, voulait simplement déguster, tranquille, son sandwich suédois, tout fraîchement acheté de chez Amandine, avant le début de son prochain cours. Lorsqu’il ouvrit la porte de sa salle préférée, il vit un jeune homme inconnu, nu comme un ver, essayant, tant bien que mal, de se cacher derrière un sabre qui paraissait imiter le style Napoléonien. JPdu82 n’était nullement au courant des manigances de l’administration. Il donna alors l’alerte : il y avait là un intrus armé, et, de surcroît, en tenue d’Adam. On fit évacuer l’établissement le plus rapidement possible. JPdu82 avait sauvé, sans le savoir, ses élèves.

Le soir même de l’affaire du sabre, on apprit que McCarthyx avait été arrêté, mais qu’il n’avait rien dévoilé à la police. Cependant, le proviseur savait que, tôt ou tard, quelqu’un parlerait, et que tout serait révélé au grand jour. On l’avait également informé que le KGB, qui avait eu ouïe de l’incident, était à ses trousses. Il fallait disparaître, et vite. Il tenta de licencier Igor Plateauman et ses acolytes, mais il n’avait pas de motif valable, et, ironiquement, ils étaient syndiqués. Il choisit alors de partir en cavale avec son fidèle allié Jeanus-Pascalus. Pendant qu’ensemble ils rassemblaient quelques affaires et ce qu’il restait de l’argent de la machine à café, ils décidaient de l’endroit où ils iraient se cacher. Montauban, ce serait trop évident. Il fallait plutôt aller dans un petit patelin perdu, mais l’histoire ne dit pas ce qu’ils choisirent de La Tronche***** et de Monaco. Pour couvrir sa cavale, on prétexta une mutation à Louis Le Grand, et la nouvelle fut publiée partout, jusque dans les quotidiens gratuits qu’on distribue à la sortie du métro. Le proviseur laissa ses dossiers dans son ancien bureau. Il avait hésité à cacher le dossier « Fermatation » dans le buste de Fermat qui orne le rebord de sa cheminée, mais s’étant dit que les autorités regarderaient là en priorité, il y renonça. Comme on était au mois de juin et qu’il faisait très chaud, il abandonna l’idée de brûler ces papiers et décida de les confier à sa secrétaire, qui en ferait ce qu’elle voudrait. Il lui légua également sa robe de chambre léopard, dont elle prit grand soin pendant les nombreuses années qui suivirent.

On dit que le proviseur et Jeanus-Pascalus quittèrent Fermat avec le seul regret que la Fermatation était finie, mais qu’ils se consolèrent à grand coup d’haïkus. Peut-être ont-ils changé d’identité dans leur nouveau village, nul ne sait. Une seule chose est sûre : on dût chercher d’urgence, à Toulouse, un proviseur pour la nouvelle rentrée, et, à Fermat, les travaux ne sont pas terminés…


*Voir l’épisode 5 ici.

**Polytechnique

***A Fermat, deux classes préparatoires aux écoles de commerce (ECS) se font concurrence : les “Capitalistes” et les “Communistes”. Ces classes décorent leur salle conformément à leur surnom.

****Lisez ici l’article de la Dépêche relatant la véritable affaire du sabre…

*****Montauban et La Tronche sont des villes importantes du folklore de la Chartes Toulousaine.

Fermat veut vous tuer – Episode 5

*EXCLUSIF*

[Vous pouvez lire le premier épisode ici !]

Fermat veut vous tuer : Igor Plateauman, Endiguement du communisme et Fermatation.

Episode 5

L’éveil des soupçons

Jeanus-Pascalus et ses troupes taupines* ayant mis au point un menu convenant en tous points aux directives du proviseur, et le livrant en quantités suffisantes tous les midis depuis plusieurs semaines, les élèves se désolaient de plus en plus de la mauvaise qualité de la nourriture qui leur étaient servie quotidiennement. En effet, cette nourriture, efficacement fermatée, prenait des formes aussi originales qu’insipides : frites molles, galettes de fromage élastique et steaks bouillis s’entassaient dans les assiettes, provoquant même les « Ça se mange, ça !? » d’une étudiante** autrement docile. Les élèves, qui ne supportaient plus ces aliments abjects, s’affaiblissaient et dépérissaient lentement mais sûrement. Se doutant que quelque chose se tramait après que leurs demandes, rédigées en trois parties et trois sous-parties par partie, en cinq exemplaires parafés et signés, n’aient obtenu aucune réponse, et que le prix de la cantine ait augmenté sans que les plats ne changent, ils firent passer le mot sous forme de message codé : le mardi soir, le Camarade Bretelle et le Chevalier Blanc, élèves émérites de Chartes et de MP, montaient sur leur table et chantaient respectivement un air d’opéra en latin et « Les Cathédrales »***, entrecoupés de messages subliminaux et de triangles Illuminati. Bientôt, tout le lycée avait adopté, pour assurer sa survie, un repas alternatif, qui consistait à avaler un panini (oui, je sais, on doit dire panino au singulier) très artisanal, composé de pain empli de babybell et passé au micro-ondes****.

Les soupçons des élèves se renforcèrent quand certains d’entre eux observèrent que deux employés de cantine se comportaient bizarrement, et selon des chorégraphies répétées avec une précision jamais vue auparavant : un dénommé Igor Plateauman et un certain André Poubelleman. Par ailleurs, la voix de Jeanus-Pascalus s’était comme affermie, c’était étrange… Et puis, les internes racontaient qu’ils voyaient de plus en plus un homme qui ressemblait comme deux gouttes d’eau au proviseur, arborant une magnifique robe de chambre léopard, rôder, le soir, dans la cour des prépas, et au pied du mur d’escalade. Par ailleurs, alors que la plupart des filières connaissaient une certaine part d’échec au concours, on remarquera cette année-là une réussite totale dans les classes scientifiques… Bizarre, n’est-ce pas, louche, même : c’était comme si l’administration avait mis en place une machination pour faire disparaître, l’air de rien, tous les taupins aux compétences bancales. Les journaux du lycée s’empressaient de faire remarquer ceci, et ils étaient aussitôt arrachés de la machine à café de gauche (jamais personne ne publiait sur celle de droite, qui, par ailleurs, était toujours en panne). Le proviseur savait bien que ses actions étaient suspectes ; il devait déclencher se plan de dernier recours, son plan PLSAC (position latérale de sécurité anti-communiste), et vite !

 


*Voir l’épisode 3

**Merci Clémentine pour ce moment extraordinairement drôle !

***Ces traditions sont véritables. Le Camarade Bretelle chantait des airs d’opéra tous les mardi soirs lorsque j’étais en première année (il était khûbe). Un nouveau Chevalier Blanc est désigné tous les ans ou tous les deux ans et chante le midi.

****Je n’ai jamais compris comment mes camarades Chartistes pouvaient manger cela, mais ils le faisaient vraiment.

Fermat veut vous tuer – Episode 4

*EXCLUSIF*

[Note au lecteur : pour lire les épisodes précédents, cliquez iciici, ou ici !]

Fermat veut vous tuer : Igor Plateauman, Endiguement du communisme et Fermatation.

Episode 4

De l’implication d’André Smeagol Poubelleman dans la Fermatation

Tandis que le terrible Jeanus-Pascalus et ses troupes taupines se tuaient à la tâche, on décida qu’il fallait accélérer le processus d’élimination des communistes à la surface de Fermat. Lorsqu’Igor Plateauman arrivait à en envoyer un derrière la taule blanche qui délimitait la zone de travaux, son travail ne faisait que commencer : les plateaux ébréchés de la cantine ne suffisaient pas toujours à venir à bout de ces léninistes, qui, tel Harry Potter dans son berceau, semblaient protégés par une force qui était inconnue à Igor Plateauman, la force toute-puissante de la Camaraderie Universelle.

Par ailleurs, les travaux n’avançaient clairement pas, et ça commençait à devenir suspect : la zone était érigée depuis déjà six mois, on parquait élèves et professeurs dans des préfabriqués sous prétexte de ne plus avoir assez de salles pour les accueillir, et on tenait les devoirs surveillés dans toutes sortes d’endroits insolites : escalier des Jacobins, tombeau de Thomas d’Aquin, grand’salle André Derain, la salle de sport et son terrain. On entendait souvent, aux alentours de la zone de travaux, lycéens et prépas s’interroger sur l’avancée et l’utilité de ceux-ci – on n’apercevait jamais de maçon, de plombier ou d’électricien, seules quelques rumeurs circulaient sur les ombres d’étranges personnages difformes, aperçues la nuit, à la lueur toujours changeante des éclairages colorés des Jacobins, après trois pintes de bière et un demi shot de tequila. Bref, la direction devait se reprendre en main si la Fermatation devait être menée à bien, sans résistance. Seulement voilà : des effets spéciaux vraiment crédibles coûteraient trop cher, alors on investit plutôt dans des explosifs, histoire que les travaux avancent vraiment, mais alors vraiment, bien. Ça y est, plus personne ne se doutait de rien, et on pouvait continuer. On avait également embauché quelques figurants pour circuler dans la zone de travaux et enfoncer quelques clous, par-ci par-là, de temps en temps.

Mais dans tout ce cirque a priori inoffensif se tramait des horreurs – horribles. Les figurants avaient été conseillés au proviseur par Igor Plateauman, il les connaissait des différentes associations auxquelles il avait participé dans sa jeunesse : l’A.A.P.N., l’association des amateurs de plateaux de Normandie, la L.S.O.P., la ligue des sosies officiels de Poutine, et l’A.D.T.C., l’association débarrassons-nous des traîtres communistes. Ensemble, ils avaient développé une stratégie d’éviction des rouges d’une précision inouïe, employant toutes sortes de crucifix, magasines Playboy, liasses de billets, éthylotests et pommes de terre – bref, tout ce dont un communiste pur-sang peut avoir peur, et plus encore : ils créèrent, spécifiquement pour l’occasion, des balles extraites du Mount Rushmore et des pieux en donut berlinois compressé, car, parait-il, les soirs des lune en faucille, on peut abattre un communiste pour de bon en lui plantant, dans le cœur, l’un de ces deux objets sacrés du Capitalisme. L’un de ces combattants de la liberté était un ami d’enfance d’Igor, originaire du même village que lui : André Smeagol Poubelleman. Ah, André ! Igor s’en rappelait comme si c’était hier : ce sourire irrésistible qui éclairait un visage morne et creux, ce dos légèrement courbé, peut-être même bossu, ces mains si aptes à pousser des poubelles, pour lesquelles il serait prêt à tuer – oui, André, le seul homme qui pouvait le faire sourire et sortir de sa carapace de taulard. Igor n’avait jamais osé lui avouer ses sentiments. Cependant, afin de lui faire comprendre, de façon détournée, qu’il était amoureux de lui, Igor demanda au proviseur d’offrir une place de choix à André, un rôle décisif dans le processus de la Fermatation : celui se débarrasser des corps, en les dissimulant dans des poubelles qu’il serait le seul à manipuler.

 

Alors, je sors, la nuit, et je peins les étoiles…

“Cela n’empêche que j’ai un besoin terrible de – oserai-je dire le mot ? – de religion. Alors, je sors, la nuit, et je peins les étoiles. J’ai toujours rêvé de peindre ainsi…”

[Extrait d’une lettre de Vincent Van Gogh à son frère Théo, datant de septembre 1888.]

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Vincent Van Gogh, Nuit Étoilée sur le Rhône, huile sur toile, 1888, Musée d’Orsay, Paris

J’ai toujours adoré Vincent Van Gogh et son oeuvre, je pense, par exemple, au Crâne de squelette fumant une cigarette, à A la porte de l’Éternité, ou encore à l’Autoportrait au chapeau de paille de Detroit, et surtout à ses toiles tardives, bleues et jaunes – sa Nuit Étoilée sur le Rhône, son Champ de Blé aux Corbeaux, son Eglise d’Auvers-sur-Oise – des grands classiques, en somme, me direz-vous, mais ne vous inquiétez pas, j’en ai sous le pied – j’ai même failli faire un master de recherche à Amsterdam, il y a quelques années, sous la direction de l’un des conservateurs du VanGoghMuseum (la raison pour laquelle je ne l’ai pas fait, c’est une autre histoire…). D’ailleurs, saviez-vous qu’il n’existe pas un mais trois Chambre de Van Gogh à Arles, l’un  conservé au musée d’Orsay, l’autre au musée Van Gogh, le dernier à Chicago ?

Je trouve ce peintre fascinant (et, finalement, je suis un peu comme tout le monde : n’est-ce pas normal d’être fasciné par Van Gogh ?), non pas parce qu’il s’est suicidé ou parce qu’il n’arrivait pas à vivre de son oeuvre, mais parce que ses toiles sont empreintes d’une émotion absolument incroyable et d’une sorte de secret dont il est le seul détenteur et duquel il nous laisse entrapercevoir, par moments, quelques fragments. C’est la poésie de l’oeuvre de Van Gogh qui me touche le plus. Je ne crois pas que Van Gogh était réellement fou – je me tiens ici du côté d’Antonin Artaud (qui, lui, l’était absolument), qui rejette les diagnostics des médecins dans Le Suicidé de la Société, un essai poignant qu’il a rédigé à la suite de sa visite d’une exposition tenue au musée de l’Orangerie* en 1947. Schématiquement, pour Artaud, Vincent (ouais, je l’appelle par son prénom, je me la joue intimiste) était une victime de son temps et de la société qui l’entourait. Le marché de l’art faisait que vous dépendiez, sinon des commandes, des salons, très nombreux à l’époque, auxquels venaient mécènes, et, surtout, journalistes, faisant et défaisant les réputations et les carrières – on le voit un petit peu dans le film Cézanne et moi de Danièle Thompson, sorti en 2016, ou dans le roman de Zola dont il est question dans le film, L’Oeuvre. On voit dans ses lettres à Théo que Vincent espère un changement de fonctionnement de la société : “Tu sais que je crois qu’une association des impressionnistes serait une affaire dans le genre de l’association des 12 préraphaélites anglais, et que je crois qu’elle pourrait naître. Qu’alors je suis porté à croire que les artistes entre eux se garantiraient la vie réciproquement et indépendamment des marchands, se résignant à donner chacun un nombre de tableaux considérable à la société, et que les gains comme les pertes seraient communs… La grande révolution : l’art aux artistes, mon Dieu, peut-être est-ce une utopie et alors tant pis.” (juin 1888). On ressent dans la dernière phrase une note de réalisme, presque de défaitisme, d’abandon : il a conscience que, de son vivant, le marché de l’art n’évoluera pas dans le sens de ses espérances. Si Van Gogh n’était pas fou, il va sans dire qu’il présentait des troubles psychologiques : il était parfois saisi de crises qui le tétanisaient au point qu’il ne pouvait ni peindre ni écrire, et on dit également qu’il lui arrivait d’avoir des hallucinations et des acouphènes, qui seraient la raison de son oreille coupée.

Peut-être qu’il entendait des voix, mais, pour moi, inutile de le comparer à Jeanne d’Arc, à une sorte de prophète ; je dirai plutôt de Vincent Van Gogh qu’il s’agissait d’un visionnaire, bien que le terme ne me plaise pas, d’un homme qui, comme Rimbaud, maniait son art d’une façon nouvelle, inouïe, réellement avant-gardiste – mais tout à fait unique, nous proposant une autre vision de la réalité et une plongée dans un imaginaire nouveau et très personnel. Les deux sont, pour moi, des coloristes exceptionnels – prenez ce vers célèbre du poème “Le Bateau Ivre”  : “J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies”, où Rimbaud nous propose un paysage alternatif, à la nuit lumineuse et colorée, à la fois macabre (“verte” peut faire référence à l’imaginaire des cadavres) et hyper-vivante (non seulement il personnifie la neige grâce à l’adjectif “éblouies”, mais il la rend d’autant plus vivante qu’elle est 1- illuminée 2- surexposée, ce qui peut presque être désagréable comme sensation, ou, au contraire, l’éblouissement peut être l’effet du choc qui suit la rencontre d’une beauté incommensurable). Bref, la poésie de Rimbaud est peinture et image et elle nous amène au-delà du quotidien, au-delà du monde que nous fréquentons d’ordinaire. Van Gogh coloriste, c’est peut-être plus évident, me direz-vous. Oui, bien sûr, mais avez-vous lu quelques extraits de ses lettres ? Prenez, par exemple, un extrait d’une lettre de juin 1888 : “Je me suis promené une nuit au bord de la mer sur la plage déserte. C’était pas gai, mais pas non plus triste, c’était – beau. Le ciel d’un bleu profond était tacheté de nuages d’un bleu plus profond que le bleu fondamental d’un cobalt intense, et d’autres d’un bleu plus clair, comme la blancheur bleue des voies lactées. Dans le fond bleu, les étoiles scintillaient claires, verdies, jaunes, blanches, roses, plus claires, diamantées davantage comme des pierres précieuses que chez nous – même à Paris – c’est donc le cas de le dire : opales, émeraudes, lapis, rubis, saphirs. La mer d’un outremer très profond – la plage d’un ton violacé et roux pâle il m’a semblé, avec des buissons sur la dune (de cinq mètres de haut la dune) des buissons bleu de Prusse. Maintenant que j’ai vu la mer ici, je ressens tout à fait  l’importance qu’il y a de rester dans le Midi, et de sentir qu’il faut encore outrer la couleur davantage – l’Afrique pas loin de soi.” On voit que Vincent recherche en permanence une forme de justesse dans les mots et dans le ton, la teinte, et qu’il voit dans le ciel de la nuit, pourtant si simple, une immensité colorée qui se déplie et se complexifie comme un kaléidoscope, dont il s’efforce de décrire, autant dans ses lettres que dans sa peinture, toutes les combinaisons et tous les états. Son imaginaire des paysages colorés – ou des paysages tout court -, qui se traduit autant par sa palette que par sa touche, toujours mouvante et parfois virulente, devient une réalité nouvelle. Vincent nous invite à voir le monde dans toute sa profondeur et tout son esprit ; sous son pinceau, la nature prend vie, s’éveille, se transforme. Son rôle en tant qu’artiste est de nous faire voir ce que nous ne voyons pas, mais auquel, lui, a accès. Vincent Van Gogh est, pour moi, plus qu’un peintre, il est un montreur de vie, de rêve, de possibilités. Il nous enseigne à voir, non pas simplement par la vue, mais par l’esprit – pour citer l’artiste allemand Paul Klee, “l’art ne reproduit pas le visible, mais plutôt, il rend visible.” (Creative Credo [Schöpferische Konfession] 1920).

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Vincent Van Gogh nous montre-t-il des choses que sont déjà-là ? Je ne sais pas, mais, lorsqu’il dit que “peindre les étoiles” lui permet d’accéder à une forme de “religion”, je crois en réalité qu’il vise, par le moyen de l’art, à capturer sa vision kaléidoscopique du monde dans tout ce que celui-ci a de vivant, d’éveillé, de spirituel – bref, la peinture permet à Van Gogh de capturer et de transmettre des aperçus du cosmos tel qu’il en fait l’expérience, ou tel qu’il l’imagine.

Pour finir, les toiles de Vincent Van Gogh nous offrent, dans leur splendeur et leur mystère, une myriade de possibilités, ou, devrais-je dire, un peu d’infini.

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Champ de Blé aux Corbeaux, Vincent Van Gogh, huile sur toile, 1890, VanGoghMuseum, Amsterdam

 

 

 

 

 


*Au passage : allez à l’Orangerie, c’est un musée qu’on oublie souvent, ou sur lequel on fait une impasse quand on est à Paris, mais ses collections des XIXe et XXe siècle sont très riches, et la section réservée au Douanier Rousseau est formidable. L’expérience qu’on peut avoir en pénétrant la salle des Nymphéas de Monet constitue à elle seule une immersion dans un monde irréel qui vaut le coup d’être vécue, une sorte de plongée sous-marine involontaire mais fascinante… Oui, vraiment, allez-y !

Hello, is there anybody in there ?

Ahoy there !

New Year is on its way, and with it, New Year resolutions. My main resolution this year is to sort myself out, to get better for good.

Why, you may say, do you want to get better ? Is something wrong with you ?

Though I have never been through the process of getting a diagnosis, I can say that I have been battling mental illness for a few years, in fact I would say a good six years straight, maybe longer. I am not depressed, but I have depressive tendencies and I go from one end of my emotional spectrum to the other over very short periods of time, and rather frequently, thus being completely elated for multiple hours and then crying endlessly for a few more, all on the same day. I have very low self-esteem and self-confidence, I have body image issues (eating problems ensue) and a lot of anxiety as well as nostalgia, even though I am currently very happy with my life and I have a wonderful entourage I am ever so grateful for (Thank you guys ! I love you so much !). These mental problems result in physical problems too : I have been battling very bad eczema on my hands and wrists for over two years, I often have stomach pains, and I sometimes have breathing problems, too.

The result of this is that it parasites my professional and personal life : I flee loneliness more than all other things, if I am alone at night I (irrationally) delay my bedtime out of some kind of anxiety, I try and fill the feeling of emptiness I get in the pit of my stomach by eating a lot, and very fast, and then I feel guilty for eating so much (I never go to the extent of purging, however, due to my fear of damaging my body and my fear of sickness), I feel an urge to tidy or clean my flat because I feel disorientated and I also need to keep my mind busy, which chores seem to help with, as well as watching mind numbing videos on the internet, sometimes for hours. I find I rarely resort to one of my favourite activities, reading, because, when I am feeling down, I lose my appetite for books, which have always been an object of pleasure and curiosity for me, and, more recently, they have become an object of study and work, too.

It has become clear to me, over the last few days, that I must seek some help with these problems and that I should work on myself, because now that my “real” life has started, professionally and personally, my mental struggles are becoming a real problem and I fear that they might prevent me from reaching the goals I so dearly wish to achieve. Helping myself would allow me to thrive in my professional life as well as my personal life, and I am hoping to be able to start anew, without this (irrational) pain and sense of loss.

It is hard to write about my struggles and to make them public, especially since very few people know about this, but if this can also help other people, then that would be wonderful. I intend to seek professional help as soon as possible, and I will keep track of my progress on this page.

For now, it is time for me to get some rest, but first : time for a cuppa !

That’s all folks !

Speak to you very soon,

Daffy