Amours non consommées

Aperçus d’histoires d’amour jamais débutées :

Au retour des vacances, “J’ai changé d’avis”. Cette serveuse maladroite dont je ne connais même pas le nom. Un regard échangé, un rendez-vous annulé. Tes yeux, tes messages, et ta fragilité. Un soir de magie à te découvrir autrement, quelques baisers volés, puis “J’ai déjà quelqu’un”. Ce serveur souriant qui a compris mon Néerlandais. Ton rire, ô ton rire, et le reste toujours refusé. Un soir dans un hamac au paradis sur terre. Des airs de piano et une seule nuit. Beaucoup de pâtes sauce pesto et le drapeau d’Amsterdam. Un fou-rire qui t’a fait fuir. Au coin d’un bar, le soir, un baiser intercepté. Du Rock’N’Roll, et toi, et moi. Le plein de tendresse, d’accord, mais qu’une seule fois – non, non, je ne céderai pas.

Je me demande parfois ce qui serait arrivé si tout s’était passé autrement… Dans mes rêves, je vous ai aimé-e-s.

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Cette cicatrice

En tout petit, à côté de l’œil gauche

Sur les mains, à cause de petites égratignures du quotidien

Sur les poignets, quand j’ai trop gratté mon eczéma

En très grand, une brûlure sur la cuisse droite

 

Toutes ces cicatrices-là, ça va. Elles racontent chacune leur histoire, mon histoire.

J’avais trois ou quatre ans et j’avais vraiment hâte d’aller au musée avec me grands-parents, si hâte que je suis tombée dans l’escalier.

Hier, je me suis fait quelques égratignures en faisant la vaisselle ou en grimpant sur les installations sportives du gymnase pendant l’atelier théâtre.

Ce matin, j’étais un peu stressée à cause d’un rendez-vous important pour la suite de mon année.

J’avais neuf ans et j’étais enrhumée. J’ai fait une inhalation : du vicks dans un bol d’eau bouillante. Le bol est tombé.

Tout ça, ce n’est pas grave, ce n’est pas important, je m’en fiche. Les cicatrices, qu’elles restent ou qu’elles disparaissent, à la fin, qu’est-ce qu’elles prouvent ? Elles prouvent qu’on est vivant, qu’on ne reste pas enfermé et enroulé dans du papier-bulles, pour ne jamais s’abîmer. Elles prouvent qu’on a un quotidien toujours changeant, et qu’on a un passé ; elles sont porteuses de souvenirs.

Mais cette cicatrice-ci, je ne l’aime pas. Je la hais, même. Je ne m’y habitue pas. Je déteste la voir. Elle est toute petite pourtant : une boursouflure d’un peu plus d’un centimètre de long et de quelques millimètres de large, sur mon coude gauche, ce n’est rien, n’est-ce pas ? Mais alors, pourquoi me fait-elle aussi mal ? Quel souvenir portes-tu, cicatrice au coude ? Cette cicatrice est là, comme pour me narguer, pour me rappeler, tous les jours, mon idiotie, mon manque de responsabilité.

J’avais dix-huit ans et je conduisais. Je conduisais vite, trop vite. Je conduisais si vite que j’ai voulu dépasser une autre voiture, mais la route était trop étroite et mon dépassement n’était pas maîtrisé. L’herbe au bord de la route, à gauche – un coup de frein – un coup de volant – je hurle, je hurle, peut-être que quelqu’un me retrouvera, si je ne meurs pas, mais si, je vais mourir, c’est fini, qu’est-ce que j’ai fait !? – le fossé de droite – un tonneau – un autre – encore un autre – stop. Une voix : “Arrêtez de crier, mademoiselle, je suis là.”

J’avais dix-huit ans, ma vie avait à peine commencé, et je pensais avoir des éclats de pare-brise dans le visage. Je criais qu’il fallait appeler ma mère, on m’a faite allonger dans l’herbe, les pompiers sont venus, j’ai pleuré dans l’ambulance, j’ai rien vu, rien compris, soufflez dans le ballon, s’il vous plaît, mais j’ai pas bu, et elle est où, maman ? Et papa ? Je suis désolée, je suis désolée, je suis désolée !

J’ai eu une chance incroyable. Pas blessée, rien, à part un simple éclat de pare-brise, tout petit, dans le coude gauche. Deux ou trois points de suture, je ne sais plus, et c’est tout. Au revoir, faites attention à vous, soyez responsable sur la route.

Et j’ai culpabilisé. J’ai culpabilisé tous les jours, et, tous les jours, je culpabilise, d’avoir pris le risque de rendre mes parents malheureux. Après ça, pendant un bon moment, j’ai cru que ma famille m’en voulait. J’ai cru qu’on me regardait de travers, qu’on ne voyait en moi qu’une ado irresponsable qui avait failli foutre sa vie en l’air. Et ils n’auraient pas eu tort de penser cela, c’est ce que j’étais. Mais l’engueulade de mes parents n’est jamais arrivée. Ils m’ont chérie, aimée, câlinée, plus que jamais. Et j’ai continué de culpabiliser.

Cette cicatrice, cette petite cicatrice de rien du tout, là, sur mon coude, c’est la marque indélébile du jour où est né en moi ce sentiment de culpabilité. C’est ma punition quotidienne : hé, salut, tu te rappelles le jour où tu as fait trois tonneaux ?  T’es vraiment trop conne. J’espère que tu t’en veux, tu devrais. Tu devrais t’excuser pour l’éternité.

                          Cette cicatrice, c’est mon accident qui me hante.

                                                                                                                                        Je la déteste.

 

 

Pensées sur la prépa

Mi-juin, je terminai un cycle de trois années de prépa Chartes au lycée Fermat, à Toulouse. Ouetu m’a proposé, presque aussitôt, d’écrire un article sur mon expérience en CPGE, mais j’ai préféré attendre quelques semaines avant de m’y lancer, histoire que mes émotions les plus vives se tassent.

Près de deux mois plus tard, j’entreprends enfin cet article.

Je crois que la prépa Chartes est très différente des autres prépas (MP, HKH, Bio, HEC…), d’abord par sa rareté, mais aussi par son effectif restreint (environ 30 élèves par année), et, surtout, par ses traditions. J’évite de trop en dire car je ne veux pas gâcher la surprise à de futurs chartistes qui pourraient lire cet article, mais voilà : j’ai passé de superbes moments avec mes camarades chartistes et, parmi eux, je me suis fait de véritables amis, voire une famille, et je me suis forgé de nombreux et excellents souvenirs.

Je crois que cet esprit de camaraderie et non de compétition est aussi renforcé par le fait que peu de chartistes veulent vraiment le concours, et que beaucoup veulent simplement valider leurs crédits de fac tout en étudiant une large variété de matières dans un environnement privilégié. Ainsi, si le chartiste est généralement destiné à l’étude de l’histoire ou des lettres classiques, ce n’est pas une obligation, et j’ai choisi de m’orienter vers l’histoire de l’art et les lettres modernes.

Cependant, aussi conviviale et intéressante soit-elle, la prépa Chartes reste une prépa : emploi du temps chargé, professeurs exigeants et pas toujours très tendres, devoirs pouvant durer jusqu’à six heures tous les samedis… Il faut dire que ces trois années, surtout la dernière, n’ont pas été de tout repos et que j’ai voulu abandonner plusieurs fois, car je ne me sentais pas à la hauteur et que mon corps pâtissait énormément du stress que cette formation m’imposait.

Deux mois après la fin de mon temps en prépa, je le dis encore : mieux vaut réfléchir à deux fois avant de khûber (c’est-à-dire de faire une troisième année, chose qui n’est pas coutume), car la troisième année peut être vécue comme une année de stagnation voire de régression, et le jeu n’en vaut pas toujours la chandelle. Pour ceux qui me connaissent et qui savent l’échec cuisant qu’a été, pour moi, le concours cet année, sachez que j’ai commencé à regretter mon khûbage dès octobre, malgré toutes les choses positives que j’ai vécues : progrès flagrants dans plusieurs matières, admission aisée en double master, amitiés renforcées.

Je tiens tout de même à préciser que la plupart des intégrés – c’est-à-dire des admis au concours – sont khûbes, et que, lorsque l’on tient vraiment au concours et que l’on se sent prêt à affronter une troisième année, il n’est pas insensé de khûber. J’ai conscience, d’ailleurs, que certains vivent très bien leur khûbage, car, après tout, la prépa reste une expérience personnelle et non universelle.

Il ne me reste plus qu’à parler du lycée Fermat. De réputation, c’est un lycée très exigeant et les élèves n’y vivraient pas très bien. D’après moi, ce n’est qu’une réputation. Si le lycée Fermat est exigeant avec les élèves de prépa, c’est bien plus parce qu’ils sont en prépa que parce qu’ils sont à Fermat : sans travail et sans rigueur, c’est bien difficile de réussir un concours, peu importe l’établissement dans lequel on le prépare, et ça, ce n’est un secret pour personne. Je ne pense pas que le lycée Fermat soit plus exigeant ou moins agréable que les autres lycées. Encore une fois, mon avis est personnel, et je me rappelle qu’un de mes anciens professeurs, qui avait fait une année de prépa à Fermat il y a une dizaine ou une quinzaine d’années, m’avait fortement déconseillé d’y mettre les pieds car il en gardait un très mauvais souvenir ; je ne dis pas que tout est parfait à Fermat, mais simplement que j’en garde surtout de bons souvenirs.

Je n’ai parcouru que les grandes lignes de mon expérience en CPGE dans cet article, et je vous invite à me poser vos éventuelles questions ci-dessous :

Je vous souhaite à tous et à toutes d’excellentes vacances !

Daffy

Au mystérieux Havelock

Cher Havelock,

Voilà deux fois que je reçois tes suggestions pour mon blog, et, tout d’abord, je tiens à te remercier, car elles sont fort intéressantes.

Je vois que tu veux que je parle de la réception en art et de sa possible altération si l’oeuvre proposée est un faux, et je vois surtout que tu veux apprendre à connaître ceux que tu appelles mes associés, Daniel Taurien et Ouetu.

Havelock, j’aime bien ton état d’esprit.

Je pense que tu l’as bien compris, les articles sont longs à arriver, mais ce sont les suggestions et les messages comme les tiens qui nous motivent pour écrire, et j’espère ne pas trop tarder à vous pondre – à tous – quelque chose de bon.

Sache, cher Havelock, que des articles sur Ouetu et Daniel ne dépendent que d’eux et de ce qu’ils voudront bien révéler aux lecteurs – Daniel, Ouetu, je vous invite donc à prendre votre propre décision !

C’est tout pour aujourd’hui, Havelock, j’espère que la suite te plaira.

J’en profite pour encourager tous les lecteurs à nous envoyer leurs suggestions ; nous les lisons toutes et nous cherchons à nous adapter à vos attentes, même si les articles sont longs à paraitre.

À bientôt,

Daffy

J’ai l’honneur de ne pas te demander ta main…

… Ne gravons pas nos noms au bas d’un parchemin. (“La non-demande en mariage” https://www.youtube.com/watch?v=pn-F0NRwPN4)

Voilà quelques jours à peine que j’écoute des chansons de Georges Brassens, alors même qu’on m’en parle depuis des années. C’est drôle comment, lorsqu’on se met à adorer quelque chose que l’on vient de découvrir, on se demande comment on a bien pu s’en passer jusque-là. Le camarade Brassens me semble désormais si familier… Ses chansons sont si belles, si écrites, pourtant si simples, et quel esprit !

Sur le double CD Les Copains d’abord que j’écoute en boucle depuis près d’une semaine, la chanson que j’aime le plus est sans doute “Supplique pour être enterré à la plage de Sète”, une chanson-testament, pleine d’audace, d’humour, et jamais, jamais lugubre. En voici un extrait qui me fait tout particulièrement sourire :

“Mon caveau de famille, hélas ! n’est pas tout neuf.
Vulgairement parlant, il est plein comme un oeuf,
Et, d’ici que quelqu’un n’en sorte,
Il risque de se faire tard et je ne peux
Dire à ces brave gens “Poussez-vous donc un peu !”
Place aux jeunes en quelque sorte.”

D’après ce que j’ai lu sur Brassens, il avait des sympathies anarchisantes (de gauche), ce qui est appréciable, bien sûr, d’autant qu’il y a, dans son oeuvre, la preuve irréfutable qu’anarchisme ne signifie pas désinvolture ni absence de culture ni même violence systématique. Et il me semble que personne ne peut vraiment se sentir étranger à Brassens en l’écoutant, car ses chansons dégagent une sympathie et même une bonhommie irréfutables, bien qu’on ne puisse pas nier l’existence d’une certaine part de provocation dans ses textes, qui le montrent hostile à la bourgeoisie et à l’Eglise. Cela peut sans doute en gêner certains, mais, au moins, cet homme fait preuve d’une honnêteté dans ses opinions ; il ne cherche pas l’adhésion de tous, et c’est tant mieux.

Bref, j’écoute Brassens, et je me sens bien. Je m’imagine chanter “Les Copains d’abord” avec mes amis – oui, c’est cliché, voire kitch, et alors ? -, et je me dis qu’il y aura bien moyen de le citer dans ma copie de français jeudi… J’en profite, au passage, pour justifier mon absence totale de ce blog ces dernières semaines : je suis en plein concours. Il me tarde de réinvestir mon blog dès la fin des écrits, et, d’ici-là, je vous laisse écouter (en boucle, si vous voulez) le “Supplique pour être enterré à la plage de Sète” : https://www.youtube.com/watch?v=6uXei215978.

Bonne soirée à tous !

Daffy