Balancer son porc

N’a-t-on pas toutes un porc à balancer ?

Les mouvements #balancetonporc et #metoo ont débuté il y a quelques semaines et permettent d’émanciper la parole des femmes – principalement – à propos du harcèlement sexuel, de la misogynie, et des agressions sexuelles. Ils donnent un aperçu de ces situations autant en quantité qu’en gravité ;  ils permettent aussi de tacler les idées reçues sur des pratiques perçues par beaucoup comme “ordinaires”, “normales”, “sans gravité”. J’ai lu un post #metoo dans lequel une femme disait que son compagnon lui avait dit qu’il espérait que jamais leur fille ne subirait les actes évoqués sur internet, ce à quoi elle lui a répondu que si, évidemment que leur fille subirait, un jour ou l’autre, un acte de harcèlement, tant la fréquence – mais aussi la banalisation – de ces actes est élevée.

Et c’est vrai.

Quand on est une femme et qu’on marche dans la rue, on sait qu’on sera victime de ce genre de harcèlement quotidien, peu importe ce qu’on porte, la tête qu’on fait, la vitesse à laquelle on va. De “Hé, Mad’moiselle, passe ton 06” à “Salope, va”, la frontière est fine, très fine. Et c’est quasiment constant. Alors, on marche vite, la tête baissée, on fait semblant d’écouter de la musique ou d’être au téléphone, on espère que personne n’essaiera de nous retenir, de nous attraper le bras, que personne ne cherchera à franchir la limite déjà trop intrusive de la remarque verbale ou du sifflet, de ce qu’on appelle en anglais le catcall. La nuit, on marche plus vite encore. On évite tous les regards, on change de trottoir, tout en essayant de ne pas avoir l’air vulnérable. Pourvu que je puisse rentrer chez moi sans problème, que ces gens qui traînent, là, près de la gare, ne vont pas essayer de m’approcher, pourvu qu’il ne m’arrive rien, qu’on me laisse tranquille.

Alors, des porcs, j’en aurais des dizaines, peut-être des centaines à balancer, si je devais balancer toutes les personnes qui m’ont harcelée sexuellement dans la rue, au collège, au centre aéré, au lycée, dans les transports, au travail. Je me rappelle d’SMS anonymes que j’avais reçus quand j’étais au lycée, d’une personne majeure, qui me proposait de la rejoindre à Toulouse si je voulais “une bite dans le cul”. Je me souviens de la nausée, de la boule au ventre, de l’incompréhension : comment cette personne a-t-elle eu mon numéro ? Quelle personne malveillante a permis à cette personne de m’écrire, sans que je ne sache qui c’était, et avec de si mauvaises intentions ? Pourquoi subissais-je une objectivation de la part d’un inconnu nettement plus âgé que moi, qui savait peut-être où j’habitais, qui savait sans doute à quoi je ressemblais, et pour qui j’étais une proie, face à qui j’étais parfaitement impuissante ? Et dire que ce porc-là n’est pas le pire porc que j’ai eu…

D’ici que je trouve le courage de balancer mes autres porcs, à surmonter la honte, les questionnements, la peur des réactions qui précèdent l’émancipation et l’engagement qu’est le fait de parler ouvertement de ces situations de harcèlement voire d’agression, je vous invite à continuer à militer contre la misogynie ordinaire et contre le harcèlement – cela commence par l’information et continue par la parole : si vous êtes en sécurité, prenez le temps de dire aux gens que ce qu’ils font ou ce qu’ils disent est misogyne ou sexiste. Et faites circuler cette vidéo, qui constitue un bon point de départ pour réfléchir sur le harcèlement : Guillaume Meurice questionne le harcèlement sexuel.

A bientôt et n’ayez pas peur de le dire : #metoo

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Amours non consommées

Aperçus d’histoires d’amour jamais débutées :

Au retour des vacances, “J’ai changé d’avis”. Cette serveuse maladroite dont je ne connais même pas le nom. Un regard échangé, un rendez-vous annulé. Tes yeux, tes messages, et ta fragilité. Un soir de magie à te découvrir autrement, quelques baisers volés, puis “J’ai déjà quelqu’un”. Ce serveur souriant qui a compris mon Néerlandais. Ton rire, ô ton rire, et le reste toujours refusé. Un soir dans un hamac au paradis sur terre. Des airs de piano et une seule nuit. Beaucoup de pâtes sauce pesto et le drapeau d’Amsterdam. Un fou-rire qui t’a fait fuir. Au coin d’un bar, le soir, un baiser intercepté. Du Rock’N’Roll, et toi, et moi. Le plein de tendresse, d’accord, mais qu’une seule fois – non, non, je ne céderai pas.

Je me demande parfois ce qui serait arrivé si tout s’était passé autrement… Dans mes rêves, je vous ai aimé-e-s.

Bi, mais

Une récente étude faite en Grande Bretagne a montré que 49% des jeunes de 18 à 24 ne se considéraient pas à 100% hétérosexuels.

Lien vers cette étude

Certains diront que ces chiffres sont dus à un effet de mode, d’autres à un changement de la société – ce qui est permis aujourd’hui l’était moins dans les années 1990, et l’était encore moins dans les années 1950 -, d’autres encore à un changement d’état d’esprit : on fait plus attention à ses besoins, on est plus à l’écoute de son corps, de ses envies, donc on accepte plus de sortir d’une sexualité hétéronormée. On commence également à comprendre et à accepter que l’orientation sexuelle est un spectre, et non pas un système binaire hétéro/homosexuel.

En tout cas, il me semble que le résultat de cette étude est une nouvelle formidable, non pas que l’hétérosexualité soit une norme détestable, mais la reconnaissance d’une orientation sexuelle autre que l’hétérosexualité ET située sur un spectre est, pour moi, un réel progrès social. En fait, cette étude remet en cause la notion de norme, lorsqu’on parle d’orientation sexuelle. Elle montre que la norme est soit la bisexualité – à tous les degrés possibles – soit l’absence de norme. Il faut cependant remarquer que l’échelle de Kinsey, sur laquelle s’appuie cette étude, a ses failles : elle ne prend pas en compte d’autres parties du spectre, entre autres la pansexualité et l’asexualité, asexualité qui elle-même se décline en degrés.

Outre les résultats de cette enquête, ce dont je veux parler ce soir, c’est la manière dont la société, les autres, essaient de façonner notre orientation sexuelle, alors que celle-ci nous est personnelle, intime.

A commencer par cette panoplie de mots, de termes, de désignations. Des désignations qui simplifient peut-être les choses, qui les rendent plus claires pour tout le monde, certes, mais des catégories tout de même, cloisonnées, étanches, dont il ne faut pas sortir. Tu as dit que tu étais hétéro quand tu avais 15 ans ? Alors tu ne peux pas être bi, homo ou asexuel à 30 ans. T’as dit que tu étais hétéro, t’es hétéro, c’est tout. Tu peux pas te tromper là dessus.

Non mais on rêve !

Ensuite, il y a cette façon dont on vous explique que vu votre look, votre comportement, votre entourage – et que sais-je encore ? Votre accent ? – vous êtes clairement de telle ou telle orientation mais c’est juste que vous ne vous l’êtes pas encore avoué. Je crois que nous sommes beaucoup à avoir été coupables de ce genre d’assertion, et que l’essentiel est de comprendre que l’habit ne fait pas le moine, et surtout pas en termes de sexualité.

Puis, il y a ces gens qui vous expliquent que votre orientation sexuelle n’existe pas, que c’est pas vrai, que vous n’en avez aucune preuve. Attendez – depuis quand doit-on prouver quoi que ce soit sur notre sexualité ? Ou sur notre identité en général ? Doit-on prouver qu’on a les yeux de telle couleur, qu’on aime tel peintre et qu’on déteste les légumes ? Et aujourd’hui, en France, existe-t-il un délit lié à l’orientation sexuelle qui demanderait que celle-ci soit de l’intérêt de qui que ce soit d’autre que de soi-même ?

A toutes ces questions, il n’y a qu’une seule réponse, je vous laisse la trouver.

Beaucoup de ces maladresses sociales viennent de clichés qu’il est important de casser, de représentations sociales encore trop figées qu’il faut que nous arrivions à faire évoluer, tous ensemble, par le dialogue. Alors, c’est sans méchanceté qu’à tous ceux qui veulent choisir l’orientation sexuelle des autres, ou qui veulent peut-être choisir la mienne pour moi, à cause de ces clichés, je dis ceci :

Je suis bisexuelle, mais…

… ce n’est pas pour faire mon intéressante,

… je n’en suis pas moins fréquentable,

… je ne suis pas malade,

… je ne suis pas indécise,

… ce n’est pas de la curiosité,

… ce n’est pas une phase,

… je ne suis pas attirée par tout le monde,

… je n’ai pas un terrain de chasse deux fois plus grand,

… je ne refoule pas mon homosexualité,

… je ne nie pas mon hétérosexualité,

… ça n’a pas d’incidence sur ma fidélité,

… ça ne met pas en danger ma vie de couple,

… ça ne change pas qui je suis,

Et, surtout, je suis bisexuelle, mais je ne me résume pas à mon orientation sexuelle.

Daffy

La Sexualité 3.0 : Introduction

Ceci est la traduction française de l’article “Sex+ : Back to Basics” (https://teawithdaffy.wordpress.com/2015/03/10/sex-back-to-basics/). Que vous soyez un(e) francophone non initié(e) à l’anglais, or if you’re an English speaker wanting to improve your French, vous vous trouvez au bon endroit. Je suis Ouetu et je serai votre traducteur le temps de cet article ; il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une bonne lecture et vous rappeler que l’utilisation des portables est prohibée à bord. 

Nous parlerons ici de Sexualité 3.0 ; le choix de ce terme a été compliqué, puisque nous estimions que celui de “sexualité positive” était très franchement moyen, tout comme celui de “pro-sexualité”, trouvé sur Wikipédia. Après de nombreuses recherches, qui ont fait surgir dans nos cervelets les idées de “sexualité concrète”, “béta-sexualité”, ou encore “sexualité tangible” et “catégorique” grâce aux propositions peu judicieuses de Google Traduction, m’est venue l’idée du terme “sexualité 2.0”. Mais ce terme désigne le porno dans son intégralité. Donc, logiquement, “Sexualité 3.0” s’est imposé comme une évidence ; des recherches supplémentaires nous ont montré que ce terme était déjà employé dans ce même sens, donc c’est parti pour la sexualité 3.0 !

La Sexualité 3.0 implique une conversation ouverte et ininterrompue à propos de la sexualité et de tout ce que cela implique, sans tabous et sans jugements, afin d’améliorer le monde dans lequel nous évoluons en changeant et rafraîchissant les mentalités sur des sujets aussi variés que l’identité sexuelle et la question du genre, les relations – qu’elles soient sexuelles ou amoureuses -, le sexisme, la culture du viol et ainsi de suite.

La Sexualité 3.0 a pour but de renouveler l’éducation sexuelle pour la rendre plus efficace et pour que nous soyons tous plus à l’aise par rapport à cette dernière. Heureusement, si la Sexualité 3.0 se répand et que les gens élèvent leurs enfants suivant ce concept, nous serons confrontés à moins de cas de grossesses indésirées, notamment chez les adolescents, de stigmatisation des personnes jugées “indécentes” (“slut shaming”, en anglais), de violences conjugales, et nous bénéficierons d’une meilleure prévention et et d’une meilleure protection contre les IST, par exemple. La Sexualité 3.0 est une forme nouvelle et différente d’éducation et même de culture sexuelle qui devrait amener les gens à adopter un état d’esprit plus ouvert et positif, conformément aux principes de la sexualité 3.0. Le but n’est cependant pas de pousser les gens vers une sexualité explicite, mais de créer un environnement dans lequel chacun est libre de partager ou non ses expériences et son opinion – la Sexualité 3.0 respecte, bien sûr, la pudeur de chacun.

Bien, maintenant que vous avez saisi le concept de la Sexualité 3.0, une question vous taraude peut-être :

“Est-ce que ça veut dire que la Sexualité 3.0 s’oppose à une “sexualité négative” (ou “sexualité 1.0/2.0″) ?”

Ouaip ! On y vient, les gars ! Beaucoup de personnes ont été élevées dans un environnement de sexualité 1.0, mais cela n’est aucunement une fatalité. La sexualité est peut-être perdue au fin fond la Forêt Interdite pour ceux qui sont plutôt 1.0, mais les gars, il est grand temps de faire une mise à jour, de passer du Nimbus 2000 à l’Éclair de Feu ; il est grand temps de se faire un bon thé et de se mettre à l’aise avec la sexualité, de n’avoir plus peur de parler librement de tous ces sujets, car après tout, une conversation sans contraintes devrait être naturelle, non ?

Allez, les gars, vers la Sexualité 3.0 et au-delà !

PS : N’hésitez pas à aller voir http://lacigreen.tumblr.com/https://www.youtube.com/user/lacigreen, et https://www.youtube.com/user/hannahgirasol, trois sites géniaux à propos de la Sexualité 3.0, créés par Laci Green et Hannah Witton, deux youtubeuses qui ont inspiré la création de ce blog et d’articles consacrés à la Sexualité 3.0.

Ouetu, pour Daffy