2002, le retour ?

Ce week-end nous élisons la personne qui gouvernera notre pays et nous représentera pendant 5 ans. Pour ma part, c’est ma première élection présidentielle et je crains que nous revivions 2002. L’horreur.

Ce n’est, évidemment, pas tout à fait pareil : les médias prédisaient cette fois-ci ce second tour, et le FN remporte de gros pourcentages des voix dans toutes les élections des dernières années. Mais cela n’empêche que j’ai l’impression d’être obligée à vivre un nouveau 2002, avec un second tour opposant le FN à un candidat qui n’est pas de gauche, et derrière qui on nous demande de nous rallier pour « faire barrage au FN ». Super.

Mais le second tour, qui se joue dimanche, aura-t-il le même visage que celui de 2002 ? Macron remportera-t-il cette élection avec 80% des voix ? Non. Et ça, en soi, je n’avais même pas besoin de le préciser. Le score sera (très) serré. Pourquoi ? Parce que beaucoup voteront blanc.

J’en entends hurler, et je les comprends dans une certaine mesure, je les entends se révolter contre le vote blanc : c’est jouer le jeu du FN, ce n’est pas républicain, c’est être une poule mouillée que de voter blanc ! Faites un effort, bon sang, ce serait terrible, TERRIBLE, que Le Pen passe !

Oui, c’est vrai. Mais que faire, alors, si on ne veut pas non plus élire Macron, le candidat des banques et de la finance ? Sans tomber dans la caricature « FN = Fascisme / Macron = Grand Capital », aucun des deux candidats ne correspond, de près ou de loin, aux valeurs de la gauche et encore moins de l’extrême gauche. Alors, me direz-vous, il faut décider lequel correspond au moindre mal, et voter pour celui-là. Certains le feront, et c’est un choix qui semble tout à fait logique et sensé. On évite le pire pour mieux rebondir aux législatives, aux européennes, et aux prochaines présidentielles. Ok, pourquoi pas !

Mais finalement, le vote blanc, alors, à quoi sert-il ? Est-il si dangereux que cela de voter blanc ? Non.

Non, voter blanc, ce n’est pas jouer le jeu du FN. Le vote blanc est un acte politique qui permet d’exprimer un désaccord, voire une opposition. Il permet de dire « Je ne veux donner ma voix à aucun de ces deux candidats. Je ne veux participer activement à l’élection de l’un ou de l’autre. Je ne soutiens pas Marine Le Pen et je ne soutiens pas non plus Emmanuel Macron. Je ne ferai pas barrage au FN en soutenant le candidat des banquiers, et jamais je ne donnerai ma voix à Le Pen ou à ses semblables. Que l’un ou l’autre soit élu, puisqu’on n’a pas d’autre choix, mais qu’il ou elle soit élu(e) par ses véritables électeurs, par ceux et celles qui croient en sa politique, en ses idées. « Election » signifie choix, or, si je votais Macron, je le ferais par contrainte et à contre cœur. Mon choix réside dans le vote blanc. »

D’accord, d’accord, mais, Daffy, tu sais que finalement le vote blanc est à l’avantage du gagnant ? C’est vrai que beaucoup pensent cela. Mais en réalité, puisque les votes blancs ne sont actuellement pas comptabilisés, cela veut simplement dire qu’il y a moins de votes exprimés au deuxième tour qu’au premier, mais cela n’empêche aucunement tel ou tel candidat de l’emporter, du temps que ses véritables électeurs se rendent au bureau de vote.

Pas de crainte en tout cas : l’extrême gauche sera dans la rue peu importe le candidat qui passe, et elle sera auprès de vous pour vous défendre si vos droits sont bafoués, et pour vous proposer de participer à un avenir nouveau, un avenir commun construit avec et pour tous, un avenir réformé dans lequel, peut-être, nous n’aurons même plus à nous inquiéter pour les présidentielles…

PS : Peu importe votre candidat, peu importe si vous « ferez barrage à » ou si vous voterez blanc : bonne chance !

Bi, mais

Une récente étude faite en Grande Bretagne a montré que 49% des jeunes de 18 à 24 ne se considéraient pas à 100% hétérosexuels.

Lien vers cette étude

Certains diront que ces chiffres sont dus à un effet de mode, d’autres à un changement de la société – ce qui est permis aujourd’hui l’était moins dans les années 1990, et l’était encore moins dans les années 1950 -, d’autres encore à un changement d’état d’esprit : on fait plus attention à ses besoins, on est plus à l’écoute de son corps, de ses envies, donc on accepte plus de sortir d’une sexualité hétéronormée. On commence également à comprendre et à accepter que l’orientation sexuelle est un spectre, et non pas un système binaire hétéro/homosexuel.

En tout cas, il me semble que le résultat de cette étude est une nouvelle formidable, non pas que l’hétérosexualité soit une norme détestable, mais la reconnaissance d’une orientation sexuelle autre que l’hétérosexualité ET située sur un spectre est, pour moi, un réel progrès social. En fait, cette étude remet en cause la notion de norme, lorsqu’on parle d’orientation sexuelle. Elle montre que la norme est soit la bisexualité – à tous les degrés possibles – soit l’absence de norme. Il faut cependant remarquer que l’échelle de Kinsey, sur laquelle s’appuie cette étude, a ses failles : elle ne prend pas en compte d’autres parties du spectre, entre autres la pansexualité et l’asexualité, asexualité qui elle-même se décline en degrés.

Outre les résultats de cette enquête, ce dont je veux parler ce soir, c’est la manière dont la société, les autres, essaient de façonner notre orientation sexuelle, alors que celle-ci nous est personnelle, intime.

A commencer par cette panoplie de mots, de termes, de désignations. Des désignations qui simplifient peut-être les choses, qui les rendent plus claires pour tout le monde, certes, mais des catégories tout de même, cloisonnées, étanches, dont il ne faut pas sortir. Tu as dit que tu étais hétéro quand tu avais 15 ans ? Alors tu ne peux pas être bi, homo ou asexuel à 30 ans. T’as dit que tu étais hétéro, t’es hétéro, c’est tout. Tu peux pas te tromper là dessus.

Non mais on rêve !

Ensuite, il y a cette façon dont on vous explique que vu votre look, votre comportement, votre entourage – et que sais-je encore ? Votre accent ? – vous êtes clairement de telle ou telle orientation mais c’est juste que vous ne vous l’êtes pas encore avoué. Je crois que nous sommes beaucoup à avoir été coupables de ce genre d’assertion, et que l’essentiel est de comprendre que l’habit ne fait pas le moine, et surtout pas en termes de sexualité.

Puis, il y a ces gens qui vous expliquent que votre orientation sexuelle n’existe pas, que c’est pas vrai, que vous n’en avez aucune preuve. Attendez – depuis quand doit-on prouver quoi que ce soit sur notre sexualité ? Ou sur notre identité en général ? Doit-on prouver qu’on a les yeux de telle couleur, qu’on aime tel peintre et qu’on déteste les légumes ? Et aujourd’hui, en France, existe-t-il un délit lié à l’orientation sexuelle qui demanderait que celle-ci soit de l’intérêt de qui que ce soit d’autre que de soi-même ?

A toutes ces questions, il n’y a qu’une seule réponse, je vous laisse la trouver.

Beaucoup de ces maladresses sociales viennent de clichés qu’il est important de casser, de représentations sociales encore trop figées qu’il faut que nous arrivions à faire évoluer, tous ensemble, par le dialogue. Alors, c’est sans méchanceté qu’à tous ceux qui veulent choisir l’orientation sexuelle des autres, ou qui veulent peut-être choisir la mienne pour moi, à cause de ces clichés, je dis ceci :

Je suis bisexuelle, mais…

… ce n’est pas pour faire mon intéressante,

… je n’en suis pas moins fréquentable,

… je ne suis pas malade,

… je ne suis pas indécise,

… ce n’est pas de la curiosité,

… ce n’est pas une phase,

… je ne suis pas attirée par tout le monde,

… je n’ai pas un terrain de chasse deux fois plus grand,

… je ne refoule pas mon homosexualité,

… je ne nie pas mon hétérosexualité,

… ça n’a pas d’incidence sur ma fidélité,

… ça ne met pas en danger ma vie de couple,

… ça ne change pas qui je suis,

Et, surtout, je suis bisexuelle, mais je ne me résume pas à mon orientation sexuelle.

Daffy

Et Paris, une deuxième fois.

[Une deuxième fois cette année, j’entends bien.]

Paris, je l’avoue, ce n’est pas la ville française que je porte le plus dans mon cœur, mais c’est la capitale d’un pays dont je tiens une partie de mes origines, de ma culture,- d’un pays que j’aime. Ce pays n’est pas parfait, non, mais, pour moi, sa devise est idéale – Liberté, Egalité, Fraternité – bien que son application laisse parfois à désirer. La France est le pays de la laïcité, et elle devrait être aussi celui de la tolérance, qui se traduit par la liberté d’expression, et la liberté de la presse.

Mais que nous montrent ces attentats – ceux de janvier et ceux d’hier soir – ? Que la tolérance est loin d’être universelle, que pour certains, la liberté doit être une liberté dirigée, qui ne suit que leur pensée et leur idéologie, leur mode de vie. Et, plutôt que d’énoncer leurs idées, de les publier, mais de ne forcer personne à les suivre, ils écartent le langage, la communication, et optent pour la violence. Ils tuent. Ils veulent nous soumettre par la terreur, ils veulent nous voir à genoux.

Et ce matin, c’est 126 morts. Et c’est incompréhensible. Cela ne fait aucun sens. 126 parisiens, certes, 126 français, d’accord, mais 126 civils, 126 êtres humains, avant tout.

Pourquoi ?

A la télé, à la radio, on entend que nous sommes en guerre, mais ces civils étaient-ils en guerre ? Ont-ils au moins eu la possibilité de se défendre ? Non. Si j’avais les connaissances nécessaires, je traiterais sur ce blog de la guerre à l’étranger, de la violence dans le monde, mais voilà que je traite de la violence chez moi – c’est sans doute celle qui effraie le plus, la violence chez soi, et peut-être celle que l’on comprend le moins, surtout quand elle se déchaîne sur des civils, qu’elle frôle des personnes que l’on connaît, que l’on aime. La tolérance, la paix, la liberté, n’est-ce pas ce que nous voulons tous ? Pourquoi certains recourent-ils à une telle violence ? Pourquoi s’opposent-ils à la liberté de tout un chacun ?

Je crois que la crise que nous affrontons aujourd’hui ne doit pas être vécue comme simplement parisienne ou simplement française ; c’est une crise qui s’inscrit dans la lignée de celles de Paris en janvier et de Copenhague en février : elle appelle à la solidarité internationale pour défendre la tolérance, la paix, et la liberté. C’est pourquoi je ne veux pas simplement dire “Je suis Paris” ; je ferai plutôt appel, pour conclure cet article, à ce célèbre poème de Paul Eluard :

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

(“Liberté”, Au rendez-vous allemand, 1945, Les Editions de Minuit)

Daffy

Tous patriotes ?

Jeanne d'Arc dessinée dans Hetalia

Jeanne d’Arc dessinée dans Hetalia

Vidéo : Hetalia – “A bientôt ! (Until we meet again)”

Il y quelques jours, un ami m’a montré un épisode d’une série d’animation japonaise, Hetalia : The Beautiful World, qui personnifie et caricature différents pays, le tout dans des épisodes de cinq minutes. Le premier volume du manga est sorti en 2006 et cet épisode a été diffusé pour la première fois en 2013. Il s’agit ici de l’épisode 15, “A bientôt ! (Until we meet again)” (le lien ci-dessus vous y amènera), dans lequel la protagoniste japonaise, Lisa, visite le Mont-Saint-Michel et y rencontre un drôle de guide, un beau dandy un peu frimeur qui porte l’étonnant nom de… France. Wah, quelle surprise !

Bref, il nous dit que sa “passion, c’est de faire la grève !” (héhé, c’est rigolo), il drague un peu, et, à la fin, un personnage bizarre du type alien atrophié dit de lui qu’il est un “play-boy” (je crois que les aliens atrophiés et moi n’avons pas tout-à-fait le même concept de ce qu’est un “play-boy”, hum…). La petite Lisa est toute impressionnée, mais elle est aussi tout ouïe, pendant que notre merveilleux Monsieur France lui raconte… Tadadam ! La guerre de Cent Ans (qui n’a pas duré cent ans, comme chacun sait). Il est dévasté lorsqu’il raconte la capture de Charles VII par les Anglais, ça, passe encore, mais c’est ensuite que tout devient problématique : on nous présente ici Jeanne d’Arc, “véritable miracle”, qui arrive de manière parfaitement surnaturelle et mystique pour libérer Orléans et faire couronner Charles VII, le tout en quatre mois seulement, puis, elle est abandonnée par tous lorsqu’elle est brûlée vive. Elle est glorifiée et érigée en martyr par “France”, qui connaît même par cœur la date exacte de son supplice (le 30 mai 1431, héhé, moi aussi je la connais, et ce n’est pas parce que je viens de voir la vidéo et que je l’ai notée sur un petit calepin Doctor Who, hein, pas du tout !) !

Pour bien enfoncer le clou, le dandy nous balance cette phrase magnifique : “Plus le patriotisme est fort chez une personne, plus leurs vies finissent tragiquement.” Snif snif. (Et un snif de plus pour la faute d’accord – une personne ne peut pas avoir plusieurs vies, sauf si elle est un chat -, mais ça, c’est hors sujet.) Évidemment, on nous dit que la France veut le bonheur pour tous, et puis des licornes magiques partout, aussi, et que, quand même, il ne faudrait pas oublier que TOUS les Français sont chrétiens, hein. Je sais, évidemment, qu’il s’agit là d’une caricature, de tout un tas de clichés, mais il faut dire que, d’une part, c’est intéressant, et que, d’autre part, c’est énervant. Pourquoi ? Parce que les Français ne sont pas tous des dandys dragueurs, parce qu’ils ne sont pas tous chrétiens, que même parmi les chrétiens, ils ne sont pas tous pratiquants, mais que surtout, SURTOUT, ils ne sont pas tous patriotes.

Le patriotisme désigne le dévouement d’un individu envers son pays qu’il reconnait comme étant sa patrie, c’est-à-dire le pays, la nation, à laquelle il a le sentiment d’appartenir, que cela soit de naissance ou non. Rappelons que le patriotisme est différent du nationalisme, qui est un principe politique, né à la fin du XVIIIe siècle, tendant à légitimer l’existence d’un État-nation pour chaque peuple (initialement par opposition à la royauté, régime politique qui en France sera ensuite nommé Ancien Régime). Ce principe politique s’est progressivement imposé en Europe au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Ce terme désigne aussi des mouvements politiques déclarant vouloir exalter une nation sous toutes ses formes (État, culture, religion, traditions, préférence nationale pour l’emploi…), par opposition aux autres nations et populations. Cette deuxième variante du mouvement s’est développée à partir de la fin du XIXe siècle, vers 1870 : chauvine et xénophobe, elle trouvait alors ses militants principalement dans la petite bourgeoisie. C’est aussi celle qui est utilisée le plus communément, de nos jours.

Si le patriotisme a caractérisé, par moments, la quasi-totalité du pays – lors de la Première Guerre mondiale, par exemple -, et que ce sentiment a appartenu à la gauche, il est vrai qu’il a glissé, sous la IIIème République, vers la droite, avec son symbole le plus fort et récurrent : Jeanne d’Arc, première défenseuse de “l’esprit français”, dans tout ce qu’il avait de chrétien et de royaliste, au XVème siècle. C’est bien sous cette même IIIème République qu’est né le nationalisme français, selon la formule de René Rémond dans La Droite en France de 1815 à nos jours (1954) : “Le Boulangisme fut l’acte de naissance du nationalisme français, et l’affaire Dreyfus son acte de baptême.”

Il me semble que patriotisme et nationalisme n’ont pas fusionné immédiatement – et peut-être n’ont-ils toujours pas fusionné -, même si Jeanne d’Arc, symbole du patriotisme, et les aspects virulents du nationalisme ont très vite appartenu à la droite, et que, de nos jours, nous associons volontiers patriotisme, nationalisme, et extrême droite, voire fascisme – il est important de rappeler qu’il n’y a eu, en France, qu’un seul parti réellement fasciste, le PPF ou Parti populaire français (1936-1945), fondé et dirigé par Jacques Doriot, qui était également l’un des deux principaux partis collaborationnistes en 1940-1944, avec le Rassemblement national populaire (RNP) de Marcel Déat.

Aujourd’hui, il existe une idée commune en France, qui veut que “patriotisme” signifie Front National, et il est vrai que ce parti a investi la Place des Pyramides à Paris pour ses meetings, place où trône une statue de… Jeanne d’Arc ! Mais alors, la France est-elle encore patriotique dans son ensemble (une réponse positive conforterait le cliché observé dans Hetalia) ? Si, aux dernières élections Européennes, le Front National a remporté 25,1% (!!!) des voix, le taux d’abstention était énorme : 56% en France. Bon, donc, déjà, on n’est pas tous d’extrême droite. Si on est bon en maths, on peut en déduire que si (et seulement si) patriotisme = extrême droite, alors on n’est pas tous patriotes. Mais je sais bien que vous n’êtes pas idiots et que les choses ne sont pas aussi simples que cela (sinon, je ne serai pas entrain d’écrire cet article avec Léa qui me fait remarquer qu’il “est long, non, ton article ?”).

Du coup, plongeons-nous dans un contexte récent : celui des attentats contre la rédaction de Charlie Hebdo, le 7 janvier 2015, et des marches “citoyennes et républicaines” des 10 et 11 janvier suivants. Premièrement, vous remarquerez que le nom de ces marches est éloquent : pas de “patriotisme” en vue. Ensuite, les jours qui ont suivi le 7 janvier ont été déclarés “deuil national”, et une Union sacrée a été formée. L’Union sacrée est le nom donné au mouvement de rapprochement politique qui a soudé les Français de toutes tendances (politiques ou religieuses) lors du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Cependant, l’Union sacrée de janvier 2015 n’a pas tout à fait rempli tous les critères nécessaires à son établissement, puisque le Front National en a été écarté. Je retombe sur mes pattes : le parti le plus “patriote” de tous ne faisait pas partie de ce rassemblement socio-politique primordial. Bref, une très grande partie des Français s’est solidarisée face à des événements qui menaçaient bien moins le territoire français que des valeurs françaises, certes devenues mondiales, aussi importantes et précieuses que la liberté d’expression et la liberté de la presse, et le monde entier s’est solidarisé avec elle.

Voilà ce que j’en conclus : non, la France n’est plus patriote dans son ensemble. Mais, quelle importance ? Les événements de janvier 2015 nous ont prouvé que chaque individu fait partie d’un système mondial, universel, que nous sommes tous les mêmes, tous dans le même bateau, et, pour reprendre les mots – que je tire, d’ailleurs, des Mots (1964), haha, quel excellent jeu de mots – de Jean-Paul Sartre : “…que reste-t-il ? Un homme, fait de tous les hommes, qui les vaut tous, et que vaut n’importe qui.”

Daffy