Fermat veut vous tuer – Episode 6

*EXCLUSIF*

[Ceci est le dernier épisode de ce récit parodique. Pour le premier épisode, c’est par ici !]

Fermat veut vous tuer : Igor Plateauman, Endiguement du communisme et Fermatation.

Episode 6

La Fermatation sabrée

Notre super-héros du capitalisme avait prévu le plan PLSAC* dès le tout début de la mise en place de la Fermatation : en effet, lorsqu’il avait embauché le tueur à gages Igor Plateauman, le budget consacré aux situations d’urgence n’était pas très élevé, ce qui pouvait expliquer le manque relatif d’efficacité d’Igor, André et leurs acolytes. En effet, outre une poignée d’élèves qui avaient « quitté », du jour au lendemain, les classes littéraires de Fermat, la Fermatation n’avait pas obtenu les résultats escomptés. Mais, depuis tout ce temps, le budget nécessaire à son bon déroulement avait été amassé, grâce à la machine à café de droite, qui, lorsqu’elle n’était pas en panne, ne rendait pas la monnaie. Ces réserves financières permettaient le déclenchement du protocole de dernier recours, qui était devenu nécessaire. Oui, il était temps, et tout était prêt, mais, en cas d’échec, ç’en serait terminé de la Fermatation, et le Communisme vaincrait. Ah, non, non, non, on n’avait pas le droit à l’erreur ! Alors, après avoir prétexté toutes sortes d’empêchements et de limitations dans le temps, le proviseur fit organiser un devoir commun qui rassemblerait aussi longtemps que nécessaire l’ensemble des HK, KH, Chartes 1 et Chartes 2 dans l’enceinte de l’ancien self, désaffecté. C’était parfait. Il fit appel ensuite à un homme de confiance, le plus grand et le plus fort : McCarthyx.

McCarthyx, dont le nom évoquait celui d’un célèbre chasseur de « sorcières » des années 1950, était un ancien élève de Fermat, qui avait intégré l’X**. Sous prétexte de lui demander de présenter son école, on lui permet de pénétrer dans l’établissement. Connaissant l’endroit où étaient localisées ses cibles, absorbées par un devoir surveillé d’Histoire contemporaine, il avait carte blanche. Mais McCarthyx avait des ambitions de grandeur et de gloire. Il voyait déjà les futurs manuels scolaires, qui, conformes au Roman National susceptible d’être mis en place dans les années qui suivraient, le surnommeraient le « Polytechnicien Masqué » et raconteraient tous ses exploits. Alors, avant de passer à l’acte, il choisit, par coquetterie sans doute, d’enfiler son uniforme. Il se glissa dans la salle 162, la salle des ECS dits « Communistes »***, afin de narguer, en y passant, le portrait géant de Staline qui en ornait l’un des murs. Il ôta tous ses vêtements, et, alors qu’il s’apprêtait à enfiler le plus beau des costumes, il s’arrêta net : on poussait la porte****.

JPdu82, aimable professeur d’histoire et involontaire protecteur des prépas littéraires de Fermat, voulait simplement déguster, tranquille, son sandwich suédois, tout fraîchement acheté de chez Amandine, avant le début de son prochain cours. Lorsqu’il ouvrit la porte de sa salle préférée, il vit un jeune homme inconnu, nu comme un ver, essayant, tant bien que mal, de se cacher derrière un sabre qui paraissait imiter le style Napoléonien. JPdu82 n’était nullement au courant des manigances de l’administration. Il donna alors l’alerte : il y avait là un intrus armé, et, de surcroît, en tenue d’Adam. On fit évacuer l’établissement le plus rapidement possible. JPdu82 avait sauvé, sans le savoir, ses élèves.

Le soir même de l’affaire du sabre, on apprit que McCarthyx avait été arrêté, mais qu’il n’avait rien dévoilé à la police. Cependant, le proviseur savait que, tôt ou tard, quelqu’un parlerait, et que tout serait révélé au grand jour. On l’avait également informé que le KGB, qui avait eu ouïe de l’incident, était à ses trousses. Il fallait disparaître, et vite. Il tenta de licencier Igor Plateauman et ses acolytes, mais il n’avait pas de motif valable, et, ironiquement, ils étaient syndiqués. Il choisit alors de partir en cavale avec son fidèle allié Jeanus-Pascalus. Pendant qu’ensemble ils rassemblaient quelques affaires et ce qu’il restait de l’argent de la machine à café, ils décidaient de l’endroit où ils iraient se cacher. Montauban, ce serait trop évident. Il fallait plutôt aller dans un petit patelin perdu, mais l’histoire ne dit pas ce qu’ils choisirent de La Tronche***** et de Monaco. Pour couvrir sa cavale, on prétexta une mutation à Louis Le Grand, et la nouvelle fut publiée partout, jusque dans les quotidiens gratuits qu’on distribue à la sortie du métro. Le proviseur laissa ses dossiers dans son ancien bureau. Il avait hésité à cacher le dossier « Fermatation » dans le buste de Fermat qui orne le rebord de sa cheminée, mais s’étant dit que les autorités regarderaient là en priorité, il y renonça. Comme on était au mois de juin et qu’il faisait très chaud, il abandonna l’idée de brûler ces papiers et décida de les confier à sa secrétaire, qui en ferait ce qu’elle voudrait. Il lui légua également sa robe de chambre léopard, dont elle prit grand soin pendant les nombreuses années qui suivirent.

On dit que le proviseur et Jeanus-Pascalus quittèrent Fermat avec le seul regret que la Fermatation était finie, mais qu’ils se consolèrent à grand coup d’haïkus. Peut-être ont-ils changé d’identité dans leur nouveau village, nul ne sait. Une seule chose est sûre : on dût chercher d’urgence, à Toulouse, un proviseur pour la nouvelle rentrée, et, à Fermat, les travaux ne sont pas terminés…


*Voir l’épisode 5 ici.

**Polytechnique

***A Fermat, deux classes préparatoires aux écoles de commerce (ECS) se font concurrence : les “Capitalistes” et les “Communistes”. Ces classes décorent leur salle conformément à leur surnom.

****Lisez ici l’article de la Dépêche relatant la véritable affaire du sabre…

*****Montauban et La Tronche sont des villes importantes du folklore de la Chartes Toulousaine.

Fermat veut vous tuer – Episode 5

*EXCLUSIF*

[Vous pouvez lire le premier épisode ici !]

Fermat veut vous tuer : Igor Plateauman, Endiguement du communisme et Fermatation.

Episode 5

L’éveil des soupçons

Jeanus-Pascalus et ses troupes taupines* ayant mis au point un menu convenant en tous points aux directives du proviseur, et le livrant en quantités suffisantes tous les midis depuis plusieurs semaines, les élèves se désolaient de plus en plus de la mauvaise qualité de la nourriture qui leur étaient servie quotidiennement. En effet, cette nourriture, efficacement fermatée, prenait des formes aussi originales qu’insipides : frites molles, galettes de fromage élastique et steaks bouillis s’entassaient dans les assiettes, provoquant même les « Ça se mange, ça !? » d’une étudiante** autrement docile. Les élèves, qui ne supportaient plus ces aliments abjects, s’affaiblissaient et dépérissaient lentement mais sûrement. Se doutant que quelque chose se tramait après que leurs demandes, rédigées en trois parties et trois sous-parties par partie, en cinq exemplaires parafés et signés, n’aient obtenu aucune réponse, et que le prix de la cantine ait augmenté sans que les plats ne changent, ils firent passer le mot sous forme de message codé : le mardi soir, le Camarade Bretelle et le Chevalier Blanc, élèves émérites de Chartes et de MP, montaient sur leur table et chantaient respectivement un air d’opéra en latin et « Les Cathédrales »***, entrecoupés de messages subliminaux et de triangles Illuminati. Bientôt, tout le lycée avait adopté, pour assurer sa survie, un repas alternatif, qui consistait à avaler un panini (oui, je sais, on doit dire panino au singulier) très artisanal, composé de pain empli de babybell et passé au micro-ondes****.

Les soupçons des élèves se renforcèrent quand certains d’entre eux observèrent que deux employés de cantine se comportaient bizarrement, et selon des chorégraphies répétées avec une précision jamais vue auparavant : un dénommé Igor Plateauman et un certain André Poubelleman. Par ailleurs, la voix de Jeanus-Pascalus s’était comme affermie, c’était étrange… Et puis, les internes racontaient qu’ils voyaient de plus en plus un homme qui ressemblait comme deux gouttes d’eau au proviseur, arborant une magnifique robe de chambre léopard, rôder, le soir, dans la cour des prépas, et au pied du mur d’escalade. Par ailleurs, alors que la plupart des filières connaissaient une certaine part d’échec au concours, on remarquera cette année-là une réussite totale dans les classes scientifiques… Bizarre, n’est-ce pas, louche, même : c’était comme si l’administration avait mis en place une machination pour faire disparaître, l’air de rien, tous les taupins aux compétences bancales. Les journaux du lycée s’empressaient de faire remarquer ceci, et ils étaient aussitôt arrachés de la machine à café de gauche (jamais personne ne publiait sur celle de droite, qui, par ailleurs, était toujours en panne). Le proviseur savait bien que ses actions étaient suspectes ; il devait déclencher se plan de dernier recours, son plan PLSAC (position latérale de sécurité anti-communiste), et vite !

 


*Voir l’épisode 3

**Merci Clémentine pour ce moment extraordinairement drôle !

***Ces traditions sont véritables. Le Camarade Bretelle chantait des airs d’opéra tous les mardi soirs lorsque j’étais en première année (il était khûbe). Un nouveau Chevalier Blanc est désigné tous les ans ou tous les deux ans et chante le midi.

****Je n’ai jamais compris comment mes camarades Chartistes pouvaient manger cela, mais ils le faisaient vraiment.

Fermat veut vous tuer – Episode 4

*EXCLUSIF*

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Fermat veut vous tuer : Igor Plateauman, Endiguement du communisme et Fermatation.

Episode 4

De l’implication d’André Smeagol Poubelleman dans la Fermatation

Tandis que le terrible Jeanus-Pascalus et ses troupes taupines se tuaient à la tâche, on décida qu’il fallait accélérer le processus d’élimination des communistes à la surface de Fermat. Lorsqu’Igor Plateauman arrivait à en envoyer un derrière la taule blanche qui délimitait la zone de travaux, son travail ne faisait que commencer : les plateaux ébréchés de la cantine ne suffisaient pas toujours à venir à bout de ces léninistes, qui, tel Harry Potter dans son berceau, semblaient protégés par une force qui était inconnue à Igor Plateauman, la force toute-puissante de la Camaraderie Universelle.

Par ailleurs, les travaux n’avançaient clairement pas, et ça commençait à devenir suspect : la zone était érigée depuis déjà six mois, on parquait élèves et professeurs dans des préfabriqués sous prétexte de ne plus avoir assez de salles pour les accueillir, et on tenait les devoirs surveillés dans toutes sortes d’endroits insolites : escalier des Jacobins, tombeau de Thomas d’Aquin, grand’salle André Derain, la salle de sport et son terrain. On entendait souvent, aux alentours de la zone de travaux, lycéens et prépas s’interroger sur l’avancée et l’utilité de ceux-ci – on n’apercevait jamais de maçon, de plombier ou d’électricien, seules quelques rumeurs circulaient sur les ombres d’étranges personnages difformes, aperçues la nuit, à la lueur toujours changeante des éclairages colorés des Jacobins, après trois pintes de bière et un demi shot de tequila. Bref, la direction devait se reprendre en main si la Fermatation devait être menée à bien, sans résistance. Seulement voilà : des effets spéciaux vraiment crédibles coûteraient trop cher, alors on investit plutôt dans des explosifs, histoire que les travaux avancent vraiment, mais alors vraiment, bien. Ça y est, plus personne ne se doutait de rien, et on pouvait continuer. On avait également embauché quelques figurants pour circuler dans la zone de travaux et enfoncer quelques clous, par-ci par-là, de temps en temps.

Mais dans tout ce cirque a priori inoffensif se tramait des horreurs – horribles. Les figurants avaient été conseillés au proviseur par Igor Plateauman, il les connaissait des différentes associations auxquelles il avait participé dans sa jeunesse : l’A.A.P.N., l’association des amateurs de plateaux de Normandie, la L.S.O.P., la ligue des sosies officiels de Poutine, et l’A.D.T.C., l’association débarrassons-nous des traîtres communistes. Ensemble, ils avaient développé une stratégie d’éviction des rouges d’une précision inouïe, employant toutes sortes de crucifix, magasines Playboy, liasses de billets, éthylotests et pommes de terre – bref, tout ce dont un communiste pur-sang peut avoir peur, et plus encore : ils créèrent, spécifiquement pour l’occasion, des balles extraites du Mount Rushmore et des pieux en donut berlinois compressé, car, parait-il, les soirs des lune en faucille, on peut abattre un communiste pour de bon en lui plantant, dans le cœur, l’un de ces deux objets sacrés du Capitalisme. L’un de ces combattants de la liberté était un ami d’enfance d’Igor, originaire du même village que lui : André Smeagol Poubelleman. Ah, André ! Igor s’en rappelait comme si c’était hier : ce sourire irrésistible qui éclairait un visage morne et creux, ce dos légèrement courbé, peut-être même bossu, ces mains si aptes à pousser des poubelles, pour lesquelles il serait prêt à tuer – oui, André, le seul homme qui pouvait le faire sourire et sortir de sa carapace de taulard. Igor n’avait jamais osé lui avouer ses sentiments. Cependant, afin de lui faire comprendre, de façon détournée, qu’il était amoureux de lui, Igor demanda au proviseur d’offrir une place de choix à André, un rôle décisif dans le processus de la Fermatation : celui se débarrasser des corps, en les dissimulant dans des poubelles qu’il serait le seul à manipuler.

 

Fermat veut vous tuer – Episode 3

[Pour l’épisode 1, c’est par ici, pour l’épisode 2, c’est par .]

Fermat veut vous tuer : Igor Plateauman, Endiguement du communisme et Fermatation.

Episode 3

Comment la Fermatation s’est installée dans les geôles de Fermat

            L’histoire est, en quelque sorte, anecdotique : un soir, alors que le proviseur flânait sous les étoiles dans son plus beau pyjama, murmurant la Varah* à mi-voix, son pied heurta un lourd objet en métal. Malgré la douleur qui envahissait ses orteils, il s’efforça d’inspecter la chose. Il s’agissait d’un anneau rouillé qui servait de poignée à une trappe vieillie, dans le sol, et ornée d’un sceau de cire sur lequel on pouvait lire une mystérieuse inscription : « Ruines antiques** – pratiques pour y enfermer les indésirables. » Dubitatif, le proviseur décida tout de même de briser le sceau et d’ouvrir la trappe grâce à sa force surhumaine – on raconte à ce propos que sa robe de chambre léopard flottait derrière lui telle une cape de super-héro. A la vue d’une longue galerie de cachots humides et obscurs, équipés cependant du strict minimum – des prises électriques et internet, ainsi que des tubes à essai -, bref, à la vue de véritables et authentiques ruines antiques, les yeux du proviseur se révulsèrent et il fut pris d’un rire sardonique – mais pas trop sardonique quand même, car il ne savait pas ce que cela voulait dire -, et, esquissant quelques pas de danse, il réalisa avec joie qu’il avait enfin trouvé un lieu où enfermer les quelques taupins*** qui rataient les concours, certes déjà invisibles, afin que personne n’ait la moindre idée de leur existence. Là, se dit-il, ils pourraient s’employer à préparer et développer un procédé révolutionnaire – mais sans plus, puisque c’était bien les révolutionnaires qu’il visait à éliminer – : la Fermatation.

Les semaines suivantes virent un nombre assez discret d’élèves se retrouver malencontreusement enfermés dans un ascenseur qui ne faisait que descendre. Les pauvres esclaves politico-scientifiques de la Fermatation étaient perdus dans ces geôles et tentaient en vain d’envoyer des appels au secours grâce aux prises internet présentes dans les cachots, mais, comme par hasard, le principal câble wifi avait été sectionné par un ouvrier maladroit lors de « travaux », et ledit ouvrier ne pourrait revenir que trois ans plus tard****. Pendant ce temps, dans les bureaux de l’administration, l’on tentait d’élire un conducteur des travaux pour que ces taupins perdus ne le soient pas pour rien ; il fallait mettre en place la Fermatation, et vite. Comment choisir un homme de charisme, un homme fort, un homme à grande autorité ? On demandait alors à tous les employés de se succéder, dans le self, à la gestion des élèves ayant bientôt fini de manger. Les « Posez les plateaux quand vous avez fini ! » se suivaient, mais ne se ressemblaient jamais. Puis, l’on eut une illumination. Le candidat parfait se détachait de tous ses collègues : il s’agissait de Jeanus-Pascalus, promu grand et redoutable Maître des Ruines Antiques, dont le nom sera à jamais associé à son terrible***** « Allez, allez, on se dépêche ! ».


*La Varah est un chant traditionnel des prépas littéraires de Fermat. On l’entonne lors des grandes occasions, et avant les devoirs surveillés du samedi matin.

**Il y a, en effet, des ruines antiques sous l’internat de Fermat, mais leur accès est interdit aux élèves et au public.

***Ce sobriquet est donné aux élèves en prépa scientifique, généralement mathématique, à cause de leur myopie présumée. La quasi-totalité des taupins réussit un concours, car les écoles d’ingénieur dites “CCP” recrutent massivement – on dit souvent qu’il y a plus de places que de candidats.

****Cette année-là, les internes avaient été privés d’internet pendant plusieurs mois, à cause d’une “fausse manipulation” au début des travaux.

*****C’est évidemment ironique.

Fermat veut vous tuer – Episode 2

[L’épisode 1, c’est par ici.]

Fermat veut vous tuer : Igor Plateauman, Endiguement du communisme et Fermatation.

Episode 2

Comment Igor Plateauman a pris part à la Fermatation

            Lors de son embauche, l’administration décida qu’Igor Plateauman portait bien son nom : en effet, ils lui demandèrent d’éliminer ses victimes en leur tranchant la gorge à coup de plateaux ébréchés, et, pour rajouter au glauque de la situation, les plateaux devaient être humides*, comme si personne n’avait pris la peine de les sécher après les avoir nettoyés – effet de dégoût garanti. Mais il fallait qu’Igor Plateauman restât discret, qu’il ne tuât pas trop d’élèves d’un coup, et surtout, surtout, que personne ne se rendît compte qu’il n’était pas agent de cantine mais tueur à gages infiltré. Pour cela, on mit sur pied une stratégie très précise : il devait faire son apparition, tous les midis, dans la queue du self, l’air concentré, pousser des plateaux, comme s’il voulait les ranger quelque part**, et, ce faisant, rouler sur les pieds des gens qu’il ne devait pas tuer, afin qu’ils soient marqués par un signe distinctif et protecteur – cette idée peu commune était tirée d’un passage de l’Ancien Testament dans lequel les hébreux mettent une croix rouge sur leur porte pour ne pas subir le châtiment de Dieu, tandis qu’il tue le fils aîné de ceux qui n’ont pas marqué leur porte de sang – puis, il devait arriver à isoler ceux qui n’avaient pas subi le supplice de la roue du diable à plateaux, et les égorger en chantant l’hymne américain suivi de l’Internationale à l’envers et en faisant le signe de croix***, bref, l’exorcisme habituel qui permet de venir à bout de tout communiste récalcitrant.

Mais comment, demanderiez-vous, comment allait-il faire pour isoler ses victimes ? Question bien légitime. Il devait s’arranger pour souffler très discrètement sur leur verre, afin qu’il tombe, et que, transis de honte, ils aillent chercher la célébrissime balayette à verres cassés, dans une salle obscure derrière les cuisines. Là, il les attendait, l’œil brillant et sanguinaire, dans une demi-obscurité, avec, à la main, un plateau ébréché. L’élève entrait dans la pièce, les joues encore empourprées par l’embarras que lui avaient causé la chute du verre et le « Ooooolé !!! » qui s’était élevé dans tout le self, puis, rapide comme l’éclair, Igor frappait, entonnant ses horribles chants expiatoires.

Hélas, ce n’était que la théorie de cette stratégie et le fantasme d’Igor Plateauman, qui avait bien des progrès à faire. Ses bilans de fin d’année étaient bien maigres : il avait reçu ses gages mais n’avait tué personne, Fermat grouillait encore de communistes, déclarés ou non, et malgré les séances d’hypnotisme-haïku**** tenus par le proviseur pendant les conseils de classe, la situation ne faisait qu’empirer. On décidait alors de mettre en œuvre un plan B, qui n’était pas des moindres : prétexter des travaux***** dans le lycée pour créer une zone d’endiguement du communisme, et utiliser Igor Plateauman comme un leurre pour attirer les étudiants concernés dans ses filets. Il devait, alors, tout miser sur son apparence de mafieux russe : il n’était, certes, pas Poutine, mais il avait tout de même un regard menaçant – mais pas trop –, des cheveux blonds, et des tatouages plein les bras. Cela suffirait. On le posta alors à un endroit stratégique, près de l’entrée de la cour des prépas, mais, surtout, près d’une petite ouverture dans la tôle blanche bordant la zone d’endiguement. Il devait parler russe, d’une voix grave et (presque) sensuelle, mimer la faucille et le marteau avec ses mains,  et, lorsqu’un curieux communiste, pensant avoir trouvé en lui quelque fabuleux camarade, s’approcherait, l’envoyer d’un coup d’épaule bien placé dans le décor, c’est-à-dire derrière la tôle.


*Les plateaux du self de Fermat étaient, en effet, toujours humides… et souvent ébrechés.

**La personne dont est inspirée le personnage d’Igor Plateauman faisait, en effet, son apparition, TOUS les midis, dans la queue du self, avec ses plateaux.

***Je remercie Anne-Sophie pour cette idée.

****A l’époque, le proviseur de Fermat, qui travaille maintenant dans un autre établissement, faisait VRAIMENT un discours de début d’année, qui finissait VRAIMENT par la lecture d’un poème, bien souvent un haïku.

*****Un très grand chantier a commencé dans le lycée lorsque j’y étais, et n’est pas encore terminé.

Fermat veut vous tuer – Episode 1

Fermat veut vous tuer : Igor Plateauman, Endiguement du communisme et Fermatation.

Episode 1

Définitions préliminaires :

Igor Plateauman : Igor Norbertson Plateauman, ch’ti de parents belges, d’apparence de mafieux russe qui a passé quelques années en taule. Vers 2010, il a la quarantaine, il est petit, blond aux yeux clairs, le regard perçant, et des tatouages plein les bras. Porte une blouse d’employé de cantine, pousse des plateaux. Peu bavard.

Endiguement du communisme : « Containment ». Le communisme est vu comme une épidémie par Fermat qui perpétue l’œuvre que les Etats-Unis avaient débuté après la seconde guerre mondiale. La zone d’endiguement correspond à la « zone de travaux » érigée en 2014. Personne ne sait ce qu’il s’y passe.

Fermatation : Processus développé par Fermat pour rendre la nourriture dégueulasse, dans le but d’affaiblir les élèves, puis, ultimement, de les tuer, surtout s’ils sont communistes. Mise au point dans les geôles de Fermat, « ruines antiques » situées sous l’internat, desquelles on ne ressort jamais ; heureusement, seuls les taupins ratés y atterrissent.

Discours dit « de l’excellence » : Prononcé en début d’année par le proviseur de Fermat, pour faire fuir les élèves les plus divergents et les plus faibles, en leur rabâchant qu’ils sont l’excellence. Il permet également de rallier les professeurs à la cause de l’endiguement, en les hypnotisant grâce au traditionnel haïku de début d’année.

Déjaculation : La dernière innovation de la Fermatation, très semblable à l’éjaculation précoce ; si les communistes sont victimes de déjaculations à répétition, ils ne pourront pas séduire – ni se reproduire – à cause de leur réputation, et ainsi, ils contamineront moins de gens, et le communisme connaîtra alors une extinction « naturelle ».

André Smeagol Poubelleman : Nouvel acolyte d’Igor Plateauman, vêtu, comme ce dernier, d’une blouse d’employé de cantine, peu bavard. Un air de hobbit ayant vécu un demi-millénaire. Pousse des poubelles de manière suspecte.

Introduction :

Notre histoire commence après l’effondrement de l’URSS, en 1991. Les Etats-Unis sont enfin venus à bout de leur Etat-ennemi, et ont plus-ou-moins réussi à endiguer le communisme. De plus, le mythe stalinien s’autodétruisant en Europe depuis le XXème congrès du PCUS en 1956, la contagion communiste semble enrayée ; le virus tend à disparaître de notre atmosphère. Cependant, quelques cellules souches se sont mises en sommeil, éparpillées d’un bout à l’autre du continent européen. Certaines d’entre elles sont à Toulouse, choisie pour son nom : « la Ville rose », ville qui pourrait vite tourner au rouge, à condition d’en ôter le blanc – le royalisme – restant. Vers 2010, les cellules souches commencent à s’éveiller et à cibler, pour se développer et se multiplier, des organismes d’êtres encore en développement : des adolescents. Or, ces adolescents fréquentent les lycées du centre-ville toulousain, et les plus intelligents comme les plus sournois d’entre eux, les plus aptes à réactiver le communisme, s’orientent vers des classes préparatoires. Et puisqu’il s’agit d’éradiquer ce qu’il reste de blanc dans la ville rose, ils vont en Prépa Chartes, à Fermat, prépa réputée pour son royalisme et ses traditions, dans un lycée réputé pour son public élitiste, souvent droitiste. Bref, la Chartes Toulousaine Raymond VII, et, pour des raisons numériques, l’ensemble de leurs acolytes HKH, forment l’environnement idéal pour un redéveloppement de la contagion communiste, subversive, et inévitable.                                                                                                                  Or, Fermat s’aperçoit de ceci : les Chartistes et les HKH, peu nombreux, sont faciles à surveiller. Leurs professeurs, hypnotisés par le proviseur et son discours de l’excellence, sont les yeux et les oreilles de l’administration. Des comportements suspects, voire inquiétants – gauchistes, voire révolutionnaires, sont repérés. La solution repose alors sur l’embauche d’un spécialiste en la matière, qui peut passer inaperçu, autant parmi les employés lambda et anonymes de Fermat, que parmi les communistes ; un tueur à gage – qui s’avère, plus tard, être relativement inefficace – : Igor Plateauman.

Créations littéraires

Cette “Section Litté” diffère des autres sections de mon blog. En effet, celle-ci est dédiée à mes créations littéraires. La première que je souhaite partager avec vous est une histoire en plusieurs épisodes, que je n’ai (malheureusement) jamais terminé. Il s’agissait d’une histoire satirique des dessous du Lycée Fermat (côté prépa), inspirée – de loin – de faits et de personnages réels, tournés en dérision, non pas par moquerie ou par critique – je garde un excellent souvenir des trois années que j’ai passées à Fermat, mais par envie de divertir : je publiais mes histoires sur la machine à café de Fermat, à la vue de tous, comme le faisaient les journaux satiriques Khôlloscoop et Guillotin, à la même époque.

J’augmenterai mes textes originaux de notes afin d’éclairer ceux et celles qui n’étaient pas à Fermat au même moment que moi, et qu’ils puissent les comprendre plus aisément.

Bonne lecture, et rigolez bien !

Daffy (ou, d’après mon pseudonyme fermateux : Sancti Fusti)